"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?"

-Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Science-fiction

Jeudi 28 août 2008
Un livre-univers, jamais appellation n'aura été aussi juste. L'univers de ce livre est une bande de terre allongée d'Est en Ouest entre les glaces du Nord et celles du Sud et parcourue par les vents. La Horde est en marche vers l'Ouest, l'extrème-amont, l'origine du vent, à pied, vingt-trois personnes, hommes et femmes, tous attachants, passionnés et passionnants à suivre dans leur lutte pas à pas contre le vent tantôt douce zéphirine, tantôt furvent infernal pacouru de blasts (explosions turbulentes).

Ils sont vingt-trois : Golgoth le traceur, Pietro le prince, Sov le scribe, Caracole le troubadour, Erg le combattant-protecteur, Talweg le géomaître, Firost le pilier, l'autoursier et le fauconnier les oiseliers-chasseurs, Steppe le fleuron, Arval l'éclaireur, Horst et Karst les ailiers, Oroshi l'aéromaître, Alme la soigneuse, Aoi la cueilleuse et sourcière, Larco le braconnier du ciel, Léarch l'artisan du métal, Callirhoé la feuleuse, Boscavo l'artisan du bois, Coriolis, Sveziest et Barbak les crocs. Ils parlent et se présentent les uns les autres à tour de rôle et imperceptiblement par petites touches progressives on pénètre ce monde on s'acclimate à son étrangeté et on s'attache à ces personnages de la Horde, de la 34ème et ultime Horde.

Ce livre est aussi une expérience de lecture, par ces voix des différents personnages qui s'entrelacent, se tressent et tissent l'étoffe de ce roman. Des liens écrits répondant à des liens d'amitié, de communauté, de fraternité entre ces hommes et femmes unis par et contre et avec le vent. Un vent qui est en filigrane le personnage principal de ce monde qui lui doit la vie. Une expérience de lecture par l'invention lexicale qui participe à l'impression de réalité de ce monde qui nous habite encore longtemps une fois le livre refermé.

Pour vous en donner un avant-goût, voici les trois premiers paragraphes :

À l'origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le "vent-foudre".

Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu'aux lenteurs habitables, jusqu'au vivant, jusqu'à vous.

Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses.

Mais je ne vous dis pas tout. Des signes de ponctuation, des bribes, des mots, des fragments de phrases précèdent ces trois premiers paragraphes. Il faut lire Alain Damasio !

Alain Damasio, La Horde du Contrevent, Gallimard, 2007, collection Folio SF.
Site du livre
Par Denis
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 31 mai 2008

Gregory Benford est décidément un grand bonhomme. Avec ce livre publié en 2001 dans sa traduction française et en 2000 dans sa version originale, il part sur une base de scénario classique : un artefact extra-terrestre arrive dans le système solaire et pourtant ce n'est pas une ressucée de "Rendez-vous avec Rama" d'Arthur C. Clarke, du "Nuage noir" de Fred Hoyle ou du "Vagabond" de Fritz Leiber. Non, sur cette trame presque rebattue, il construit quelque chose de neuf et surtout de passionnant.

Benford est scientifique de métier, physicien spécialiste des plasmas il écrit une science-fiction de style "hard science", très vraisemblable scientifiquement. Il décrit également en connaisseur les milieux de la recherche scientifique, leurs intrigues, leurs luttes d'influence internes et leurs rapports avec les pouvoirs politiques. Tout cet aspect du roman rajoute encore à sa vraisemblance et humanise les personnages à mille lieues du stéréotype du scientifique déconnecté du réel et perdu dans ses équations.

La trouvaille science-fictive c'est cet extra-terrestre qui déboule dans notre système solaire et qui est en fin de compte... un trou noir ! Je vous laisse découvrir comment il peut se faire qu'un trou noir soit intelligent, et surtout je ne vous dévoilerai pas la teneur des échanges entre ce trou noir, "l'ogre de l'espace" du titre et l'humanité mais rien que cela vaut la lecture et rappelle un peu les dialogues avec le Vagabond de l'espace dans Les Fontaines du Paradis
. Comme dans le Micromégas de Voltaire, c'est l'occasion pour l'auteur d'exprimer une vision critique et caustique de notre humanité.

Le récit est mené de main de maître, on ne s'ennuie pas un instant, on suit l'enquète scientifique et les conséquences de l'intrusion de cet ET un peu spécial en suivant les personnages centraux formés par un petit groupe d'astrophysiciens et astronomes. Malgré l'importance des aspects scientifiques, ce n'est jamais lourd, le style est enlevé voire parfois lyrique. Ce livre, sans être un chef-d'oeuvre procure néanmoins un excellent moment de lecture.
Par Denis
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 7 avril 2008
En exergue de ce roman d'Arthur C. Clarke, qui vient de mourir, le 18 mars dernier, il y a ceci :

"La politique et la religion sont périmées ; le temps est venu pour la science et la spiritualité"
- Shri Jawaharlal Nehru, devant l'Association ceylanaise pour l'Avancement de la Science, Colombo, 15 octobre 1962 -

Ce roman parle principalement d'un ingénieur, Vannevar Morgan qui projette de construire un ascenseur spatial, une espèce de gigantesque construction (?) permettant de s'élever jusqu'à l'orbite géostationnaire à 36 000 km d'altitude. Je ne vais pas vous raconter l'histoire, vous pouvez si vous le souhaitez lire la 4ème de couverture sur l'excellent site Noosfere. Je voudrais vous parler d'une histoire dans cette histoire et de la confrontation entre science et religion qui est un des thèmes structurant de ce roman comme l'annonce clairement l'exergue.

Clarke raconte en parallèle de l'histoire de Vannevar Morgan, l'histoire du passage dans le système solaire du "Vagabond des étoiles" une sonde automatique intelligente (pilotée par une IA) d'origine extra-terrestre. Ce Vagabond ne fera que passer dans notre système solaire, frôler le soleil avant de repartir sur une orbite hyperbolique vers sa prochaine destination. Pendant son transit toutefois, un dialogue aura le temps de s'insaller entre lui et l'humanité. Au cours de ce dialogue le Vagabond dit : "Je suis incapable de distinguer clairement entre vos cérémonies religieuses et votre comportement apparemment identique aux manifestations sportives et culturelles que vous m'avez transmises." Plus loin : "L'hypothèse que vous dénommez Dieu, bien qu'elle ne soit pas réfutable par la logique seule, est inutile pour la raison suivante.
Si vous tenez pour établi que l'Univers peut être, ouvrez les guillements : expliqué, fermez les guillemets, comme étant la création d'une entité appelée Dieu, celui-ci doit être d'un plus haut degré d'organisation que ce qu'il a produit. Donc vous avez plus que doublé la dimension du problème originel et fait le premier pas vers une régression divergente indéfinie. William d'Ockham
a montré aussi récemment que votre quatorzième siècle que les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité. Je ne peux donc pas comprendre pourquoi ce débat continue." Clarke termine le chapitre dans lequel figurent ces propos du Vagabond par les lignes suivantes : "En attendant, parmis tous ses innombrables effets sur la culture humaine, le Vagabond avait porté à son comble un processus qui était déjà largement en cours. Il avait mis un terme aux milliards de mots de pieux charabia dont des hommes apparemment intelligents avaient troublé leur esprit pendant des siècles."

C'est clairement l'opinion de l'auteur qui est énoncée ici, cependant Arthur Clarke dans ce roman ne lance pas de charge contre les religieux, il semble même avoir une sympathie certaine pour les moines bouddhistes que Vannevar Morgan cherche à chasser pour construire à la place de leur monastère le terminal terrestre de son ascenseur ver les étoiles. Rien que pour le profond humanisme qui transparait presqu'à chaque page de ce roman, je vous conseille de le lire. Et si l'idée de l'ascenseur spatial vous fascine sachez qu'un autre auteur Charles Sheffield a lui aussi quasi en même temps que Clarke publié un roman sur ce thème : "La toile entre les mondes"
dont je vous parlerai sûrement un de ces jours...
Par Denis
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 18 mars 2008
Ça faisait longtemps que je n'avais lu quelque chose d'aussi bien foutu dans le genre Hard Science (la branche de la SF qui se veut aussi près que faire se peut de la plausibilité scientifique) ! Le point de départ de ce roman est presque classique : Une puissance extra terrestre non identifiée, abrupte et muette enferme un beau jour la Terre entière dans une espèce de cocon l'isolant du reste de l'univers. Ce cocon est appelé par la suite "membrane spin" car à l'extérieur pour le reste de l'univers le temps tourne (spin en anglo-américain) des milliers de fois plus vite qu'à l'intérieur sur la Terre, pour l'humanité prisonnière. L'essentiel du roman nous permet de suivre divers personnages qui vont affronter ce bouleversement inouï, et d'observer à leurs côtés la manière qu'aura chacun - et la société humaine dans son ensemble - de composer avec les conséquences de cette espèce de cataclysme.

Je ne vais pas vous en raconter plus sur ce roman et vous laisse le plaisir de le découvrir par vous-même. Ce que je peux ajouter toutefois c'est qu'on a ici une fois encore la démonstration que la SF n'est pas une simple littérature d'évasion. Le portrait et la critique de notre monde en ce début du 21ème siècle sont sous la plume (sous les touches de l'ordinateur) de Robert C. Wilson d'une rare pertinence et d'une profonde acuité. Les personnages ont une belle épaisseur psychologique, l'intrigue est bien menée et le roman construit d'une manière qui m'a fait me régaler de bout en bout.

Je sais bien que vous ne vous attachez pas à ce genre de détails mais je vous signale au passage que ce livre a reçu le prix Hugo 2006 et le Grand Prix de l'Imaginaire 2008. Il va sans dire que je vous en recommande la lecture !...
Par Denis
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus