"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?"

-Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.

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Mardi 30 septembre 2008

Le Center for inquiry (CFI http://www.centerforinquiry.net/ ) est une organisation internationale consacrée à la promotion et la défense de la science, de la raison et du libre examen dans tous les domaines de l'activité humaine. Il s'attache à répandre dans le grand public la compréhension de la méthode scientifique. Il fédère, sous l'impulsion du philosophe Paul Kurtz, quatre grandes organisations : le Committee for Skeptical Inquiry (CSI http://csicop.org/) centré sur le champ des sciences et des pseudo-sciences, le Council for Secular Humanism (CSH http://www.secularhumanism.org/ ) qui promeut le naturalisme philosophique et la laïcité, la Commission for Scientific Medicine and Mental Health (CSMMH http://www.csmmh.org/ ) qui s'emploie à l'examen scientifique des médecines alternatives non prouvées et des différentes formes de thérapies mentales et le Committee for the Scientific Examination of Religion (CSER http://www.centerforinquiry.net/cser ). L’Association Française pour l’Information Scientifique ( AFIS http://www.pseudo-sciences.org ) fait partie du réseau international du CSI.
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Dimanche 21 septembre 2008

Devant un parterre d'intellectuels ébahis et sans la moindre réaction critique, Benoît XVI a tenu trois propos qui scandalisent le philosophe (incroyant, il est vrai) que je suis. Affirmer, d'abord, qu'"une culture purement positiviste serait une capitulation de la raison" n'a aucun sens. Cette culture qui est visée, la culture scientifique, n'a pu au contraire se développer qu'en s'appuyant sur une raison qui a fait abstraction des croyances religieuses dans tous les domaines qu'elle a su peu à peu conquérir : la nature inanimée, le vivant, l'homme.

Et à chaque fois elle a rencontré l'opposition de la religion : Galilée a été condamné pour avoir contredit le géocentrisme de la Bible, Darwin pour avoir affirmé l'évolution des espèces contre le créationnisme - et ce n'est que récemment que l'Eglise l'a partiellement admise (elle en exclut l'esprit humain) ; enfin, on ne peut pas dire que la découverte freudienne de l'inconscient et de l'importance de la sexualité dans la construction de la personnalité humaine soit intégrée à l'anthropologie chrétienne officielle ! De ce point de vue, le strict positivisme, avec ses conséquences philosophiques matérialistes, est, au contraire, la condition absolue pour que la raison scientifique se réalise dans son projet de connaissance du monde.

Par ailleurs, affirmer qu'il n'y a de "culture véritable" que fondée sur la recherche de Dieu revient à confondre un souhait, accompagné d'un jugement de valeur subjectif et partial, avec l'intelligence théorique de ce qu'est la culture depuis des siècles et qu'elle continuera à être, et dont on s'étonne qu'un esprit de son niveau l'occulte ou l'ignore. La culture est là pour faire réfléchir l'homme sur sa condition, par-delà les différences qui séparent les hommes, et l'ouvrir à l'universel des invariants qui constituent cette condition : la vie, la mort, le temps, la liberté, etc. Et la pluralité des réponses qu'elle a jusqu'à présent apportées à ces interrogations philosophiques fait son prix inestimable.

TOTALITARISME IDÉOLOGIQUE

Le point de vue religieux (qui n'est d'ailleurs pas seulement catholique), avec ses valeurs propres, en fait partie et il a contribué historiquement à sa richesse, même s'il doit être soumis à la critique rationnelle, comme toute option intellectuelle. Mais réduire la culture à ce point de vue comme le fait Benoît XVI ou subordonner la réflexion humaine à ce qui reste une croyance parmi d'autres dont rien, au surplus, ne nous garantit la pérennité, reviendrait à lui imposer une norme a priori et à en limiter la liberté comme l'ambition : le totalitarisme idéologique n'est pas loin, que l'histoire de l'Eglise officielle, de l'Inquisition aux intrusions dans le domaine des arts, a malheureusement illustré.

Enfin, il y a cette idée initiale, mais en réalité essentielle, qui définit la matrice de l'engagement religieux tel que le pape tente de le porter à son comble : l'affirmation clairement morale ou existentielle selon laquelle la vraie vie se trouve dans la recherche et la connaissance de Dieu, dans la foi elle-même, que "cela seul est important et sûr". Pour qui a lu et compris Nietzsche, mais aussi Marx ou Feuerbach, cela ne signifie qu'une chose : la religion repose sur la négation ou la dévalorisation de la vie terrestre, de ses désirs et de ses plaisirs, donc des seules formes de bonheur dont un esprit lucide puisse être sûr et dont il doit par conséquent affirmer l'importance ; elle constitue une force de mort qui nous demande d'anticiper la mort dans la vie en sacrifiant celle-ci à un au-delà improbable.

Du coup, les références du porte-parole officiel de l'Eglise catholique à l'homme ou à l'humain sonnent étrangement creux : que peut être un humanisme qui ne commence pas par se soucier de la condition concrète des hommes ici-bas ? Le pape, à ce niveau, se situe dans l'optique de son encyclique sur l'Espérance, où il polémique avec l'humanisme athée apparu au XIXe siècle et contemporain de l'avènement des sciences humaines, qui entend recentrer l'homme sur lui-même et l'aider ainsi à humaniser sa condition. Cette profession de foi méfiante à l'encontre des forces de l'homme et de la valeur de son existence terrestre est pour moi désolante... parce qu'elle est un facteur de désolation réelle : elle empêche l'homme d'embellir sa vie en agissant concrètement en et sur elle.

Certes, il n'est pas question de mépriser ceux qui ne sont pas satisfaits de la condition humaine et se consacrent à y trouver une échappatoire. Mais les y inciter avec tout le poids d'un magistère institutionnel, c'est les détourner de l'effort millénaire que la raison philosophique, scientifico-technique et politique a déployé pour contribuer au bonheur humain hic et nunc. C'est, sous couvert de l'espoir d'un bonheur supérieur, prendre le risque d'alimenter le malheur effectif de l'humanité. Aucun intellectuel progressiste ne saurait l'accepter.


Yvon Quiniou est philosophe, auteur d'"Athéisme et matérialisme aujourd'hui" (éd. Pleins Feux, 2004).
article repris du site du Monde
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Lundi 30 juin 2008

Non, dit Lord Winston


Daniel Dennett ne saurait miser avec Blaise Pascal, dont le célèbre pari affirme : "Vous ne pouvez pas perdre en professant la foi en Dieu - si il n'existe pas, vous ne perdez rien, et si il existe, vous serez récompensés dans l'au-delà ». Dennett fait valoir qu'il est préférable de vivre comme s'il n'y a aucun Dieu, de tenter de rendre le monde plus rationnel et meilleur. Il souligne qu'il est coûteux de construire des cathédrales et qu'aller à l'église est une grande perte de temps. Un athée ne perdra rien si Dieu n'existe pas - le souvenir de lui ou d'elle ce seront ses bonnes actions. Et s'il ya un Dieu bienveillant, Dennett se trouvera lui-même jugé par le Tout-Puissant sur ses mérites, non pas à cause de l'incrédulité qu'il professe.


Le problème avec son intéressant point de vue sur la possible base évolutive de la croyance religieuse, c'est qu'il semble incapable d'aborder sérieusement les croyances et les sentiments des croyants. Dieu ne désapprouverait-il pas bien plus cela ? À l'instar de nombreux prédicateurs évangéliques, il semble à maintes reprises affirmer être ouvert aux opinions sincères des autres. Pourtant, dans le monde de Dennett, les humains sont divisés en "brights" et croyants - et si vous n'êtes pas un "bright", vous n'êtes pas d'accord avec son point de vue parce que vous êtes intellectuellement inférieur, étroit d'esprit ou trop effrayé.


Dans une certaine mesure, il tombe dans le même piège que Dawkins. Il croit qu'il connaît les religions, mais il semble n'avoir fait que trop peu de recherches ; un certain nombre de points - par exemple, sur les attitudes juives ou les pratiques musulmanes - semblent indiquer un sérieux manque de connaissances.


Dennett, comme Dawkins, est choqué par le "fait" que les religieux modérés ont peu fait pour freiner les excès des extrémistes de leurs propres traditions. Qui définit-il comme extrémiste? Si, en tant que Juif, je décide de respecter des lois alimentaires totalement irrationnelles ou si je refuse bizarrement de circuler en bus le samedi, est-ce que cela fait de moi un extrémiste? Si je vais plus loin et porte une kippa sur la tête et construis un érouv autour de l'endroit de Londres dans lequel je vis, est-ce un excès intolérable? Ou argumente-t-il contre une dangereuse violence, qui est condamnée par tous les Juifs religieux responsables ?


La religion se construit dans la conscience humaine et il y a de nombreuses preuves qu'elle est une force de cohésion. Mis à part la survie de nos ancêtres préhistoriques, à une époque récente on constate des exemples de la façon dont une notion de la transcendance a soutenu des hommes dans des situations désespérées. Viktor Frankl, au milieu de l'extrême dénuement, du désespoir et de la déshumanisation du camp d'Auschwitz observe comment, selon son opinion, seuls ceux qui avaient une certaine spiritualité - pas nécessairement une croyance en Dieu - ont survécu à la perversion des camps.


Dennett semble croire que la science est "la vérité". Comme beaucoup de mes brillants collègues scientifiques, il transmet l'idée que la science est à peu près une certitude. Par exemple, dans son livre Breaking the Spell, il cite Eva Jablonka à l'appui de son point de vue sur les mèmes. Il oublie qu'elle conteste l'essence même de la vision de Dawkins sur l'évolution - une vue que Dennett soutient évidemment avec passion.


Il pourrait peut-être prendre le soin de relire le livre de Job. Dans la majeure partie de ce livre mystérieux et profondément spirituel, Job souffre patiemment mais est essentiellement inébranlable dans sa foi en la justice de Dieu. Mais à la fin, au-delà de la provocation, il se répand en injures contre l'irrationalité de la punition de Dieu. À la fin de l'histoire, Dieu apparaît dans un tourbillon disant : "Qui est celui qui dénigre la providence par des discours insensés ?" Dieu demande à Job où il était quand il a jeté les fondations de la Terre? Est-ce que nous comprenons d'où nous venons, où nous allons, ou ce qui se trouve au-delà de notre planète?


Le problème est que les scientifiques croient maintenant trop souvent que nous avons les réponses à ces questions, et donc ainsi aux mystères de la vie. Mais, curieusement, plus nous utilisons la science pour explorer la nature, plus nous trouvons des choses que nous ne comprenons pas et ne pouvons pas expliquer. En réalité, la religion et la science sont toutes deux des expressions des doutes humains. Peut-être le paradoxe est-il que la certitude, que ce soit dans le domaine des sciences ou de religion, est dangereux. Le danger que présente la relativement douce marque de certitude de Dennett est qu'elle augmente la polarisation de notre société. Une attitude inflexible des deux côtés, est certainement l'assurance de la plus grande menace pour la rationalité et la science.


Lord Winston est professeur émérite d'études sur la fécondité , à l'Imperial College de Londres


Débat organisé par le club de réflexion Agora et le journal The Guardian Education le 22 avril 2008 au British Council, Spring Gardens.

par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Samedi 28 juin 2008

 

Oui, affirme le professeur Daniel Dennett


Si la religion n'est pas la plus grande des menaces pour la rationalité et le progrès scientifique, alors laquelle est-ce ? Peut-être l'alcool, ou la télévision, ou la dépendance aux jeux vidéo. Mais bien que chacun de ces fléaux - mélés de bénédictions, en fait - a le pouvoir de submerger notre plus fin jugement et de plonger dans le brouillard notre esprit critique, la religion a une fonction dont aucun d'entre eux ne peut se vanter : elle ne se contente pas de désactiver notre esprit critique, elle honore cette désactivation. Des gens sont vénérés pour leur capacité à vivre dans un monde de rêve, pour protéger leur esprit de connaissances factuelles et prendre les grandes décisions de leur vie suivant la consultation de voix dans leur tête qu'ils appellent par des rituels conçus pour les intoxiquer.


Il fut un temps où nous avions tendance à excuser les conducteurs ivres quand ils provoquaient des accidents puisqu'ils n'avaient pas entièrement le contrôle de leurs facultés sur le moment, mais maintenant nous avons sagement inversé ce jugement, tenant les conducteurs ivres pour doublement coupable de s'être mis eux-mêmes dans cette position d'irresponsabilité en premier lieu. Il est grand temps que nous inversions de même l'attitude publique au sujet de la religion, considérant tous les actes socialement destructeur de la passion religieuse honteux, non honorables, et la considérant ceux qui les encouragent - les prédicateurs et autres apologistes du zèle religieux - comme aussi coupables que les barmans et les hôtes négligents qui envoient des conducteurs dangereux sur les routes. Notre devise devrait être: Amis ne laissez pas vos amis diriger leur vie selon la religion.


À l'heure actuelle, Sayed Parwez Kambakhsh, un jeune étudiant, se trouve le couloir de la mort en Afghanistan, condamné à être exécuté pour blasphème. Imaginez! Nous vivons au 21ème siècle, et dans l'Afghanistan "libéré" (pas l'Afghanistan des Talibans) le blasphème est toujours un crime capital. Le monde dans sa majorité reste muet, ne veut pas dire ceux qui soutiennent l'exécution de cette peine barbare qu'ils sont tout simplement dans l'erreur, et ne devrait pas s'humilier ainsi eux-mêmes avec leurs traditions. Où sont les manifestations pacifiques de protestation? Est-ce que les gens évitent de blesser les sentiments des musulmans? Nous sommes prompts à condamner d'autres atrocités, mais la passion religieuse, réelle ou feinte, préserve les gens de porter des jugements moraux sur leurs frères humains, jugements dont nous devrions tous aussi bien faire l'objet.


Il ya un déséquilibre dans l'élaboration de cette résolution, et Robert Winston a le plus mauvais rôle. Il doit essayer de dissiper une foule d'inquiétudes, une tâche sans fin, alors que - comme tout le monde ne le sait que trop bien - en un seul jour cataclysmiques ma position pourrait être soutenue par un acte fanatique, même si personne n'applaudirait à ma victoire. Non seulement la rationalité et le progrès scientifique, mais à peu près tout ce que nous chérissons pourrait être ruiné par un seul acte de profonde illusion "sacrée". Il est vrai que vous n'avez pas besoin d'être religieux pour être fou, mais ça aide. En effet, si vous êtes religieux, vous n'avez pas besoin d'être fou dans le sens médicalement attesté pour faire des choses profondément folles. Et - c'est là le pire - la foi religieuse peut donner aux gens une sorte de confiance hyperbolique, une insouciance totale sur le fait de savoir s'ils peuvent faire une erreur, qui permet des actes d'inhumanité qui, autrement, seraient impensables.


Cette imperméabilité à la raison est, je pense, la propriété dont nous devrions le plus avoir peur dans la religion. D'autres institutions ou traditions peuvent encourager un certain degré d'irrationalité - pensez à l'abandon extravagant qui est souvent apprécié dans le sport ou l'art - mais seule la religion l'exige comme un devoir sacré. Cela n'aurait aucune importance si les activités que comporte la religion étaient quelque peu isolées du reste du monde, à la façon dont elles le sont dans le sport et l'art. Alors, nous pourrions traiter les allégeances religieuses de la manière dont nous traitons les différences de goût : si vous avez un goût pour la boxe française ou groupes de heavy metal, c'est votre affaire. Assommez-vous, comme on dit, ce n'est qu'un jeu. Ce n'est pas comme cela avec la religion. Son domaine n'implique pas seulement les fidèles, mais toute vie sur la planète. Ceci posé, il est troublant de constater comment certaines personnes avidement s'engager dans délibérée-faire croire afin d'exécuter les fonctions.


Le mieux est l'ennemi du bien : la religion peut rendre beaucoup de gens meilleurs, mais elle les empêche d'être aussi bons qu'ils pourraient l'être. Si seulement nous pouvions transférer tout le respect, la loyauté et la dévotion intense portée à un être imaginaire - Dieu - sur quelque chose de réel : le monde merveilleux de bonté que nos ancêtres et nous-mêmes avons fait, et dont nous sommes maintenant les gardiens.

 


 

Le Professeur Daniel Dennett est directeur du Centre d'Études Cognitives de l'Université de Tufts à Medford dans le Massachusetts (États-Unis d'Amérique) son site personnel (en anglais)


Extrait du débat organisé par le club de réflexion Agora et le journal The Guardian Education le 22 avril 2008 au British Council, Spring Gardens.

Version originale en anglais

par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Vendredi 2 mai 2008


Les divers commentaire à mon article sur "L'origine des croyances", et que leurs auteurs en soient remerciés, m'amènent à préciser ma vision des rapports que les croyances religieuses entretiennent avec la mort. À cette occasion, je préciserai en quoi je considère qu'une approche débarassée de tout préjugé religieux et de toute superstition et croyance en des forces surnaturelles me semble préférable pour aborder la finitude de toute existence biologique individuelle, fut-ce celle de primates qui comme nous se pensent supérieurs.

Attention, cet article peut contenir
des morceaux d'athéïsme
risquant de choquer
les esprits religieux étroits !
« A quoi tu penses donc, laquelle as-tu choisie
Des ruses que les hommes ont trouvées jusqu'ici
Pour rendre la mort moins cruelle ? »
Maxime Le Forestier - La Visite

Dans sa chanson "La Visite" Maxime Le Forestier, en visite sur la tombe de Geoges Brassens à Sète s'adresse au poète et chanteur décédé. Survie de l'âme dans un hypothétique "monde des esprits", réincarnation, transmigration, résurrection à la fin des temps, de nombreuses croyances dans différentes traditions culturelles parlent des chemins que nous empruntons pour ruser, feinter avec l'idée de notre finitude et nous en accomoder. Certains animaux peuvent sentir la mort venir, le primate humain seul se sait mortel.

Je ne défends pas la thèse selon laquelle la peur de la mort est la source unique du phénomène religieux. Je crois seulement que cette peur, avec d'autres (peur de la nature, des éléments, des prédateurs) joue un rôle majeur à la fois dans la naissance des religions mais aussi dans la manière qu'elles ont de se maintenir.

Depuis les temps les plus immémoriaux des débuts de l'humanité nous avons élaborés des stratégies fort astucieuses permettant de nous accomoder du fait d'être conscients que la vie somme toute n'est qu'une maladie mortelle sexuellement transmissible. Nous sommes des singes bavards qui adorons nous raconter des histoires. Plus encore, nous aimons par dessus tout croire aux histoires que nous nous inventons, et parmi ces histoires, celle qui dit que notre conscience, notre esprit ou notre supposée âme - qui nous distinguerait des animaux - survit à la mort, perdure même quand toute activité biologique a depuis longtemps cessé dans la moindre de nos cellules, cette fable là, même dénuée de tout fondement rationnel et de confirmation scientifique beaucoup d'entre nous y sont encore viscéralement attachés. Ces histoires se sont croisées avec d'autres qui parlent de nos origines et de celle du monde qui nous entoure et dont nous faisons partie, diverses cosmogonies et mythes fondateurs. Des histoires qui surtout donnent sens, ordonnent, rendent déchiffrable le monde et nous mêmes ; des histoires faites aussi pour nous dire comment bien nous comporter dans ce monde et les uns avec les autres, des histoires avec une morale.

Nos religions ne sont rien d'autre que des cathédrales construites avec ces histoires, témoignages et inventions mêlées, angoisses peurs et espoirs cimentant le tout. Ce sont des oeuvres d'art communes à toutes les cultures humaines et à ce titre elles sont précieuses. Cependant, depuis que ces histoires existent, certains doutent de leur véracité et surtout de leur pertinence. Je n'ai rien contre les histoires inventées, même les plus absurdes et les plus folles, elles sont souvent fort divertissantes, elles donnent même souvent à penser et à réfléchir ce qui est toujours une bonne chose, à l'instar des histoires de Science-Fiction que j'affectionne tout particulièrement.

Pour raconter l'histoire du monde, de l'univers, celle de la vie sur cette Terre et celle de l'homme nous avons maintenant de bien meilleures histoires que celles qui ont été le fruit de l'invention de nos ancètres. Ces histoires sont patiemment construites par différentes branches des sciences en usant de méthodes rationnelles d'investigation et en soumettant ces histoires au crible de la réalité des faits. Ces histoires tirées de théories scientifiques ne sont pas seulement meilleures parce que plus cohérentes que celles des différentes religions, elles sont d'une autre nature. Il y a une différence essentielle entre le récit de la création du monde dans la mythologie maya, scandinave, ou biblique et  l'histoire de l'univers depuis le Big Bang
telle que peut l'établir l'astrophysique et la cosmologie scientifique moderne. Les théories scientifiques ont un pouvoir explicatif et prédictif. Les faits d'observation peuvent les confirmer ou les infirmer, ce sont des vérités scientifiques. À ce titre on peut les tester et si elles s'avèrent erronées on les perfectionne et on les fait évoluer, ou on en change, c'est le travail des chercheurs.

Les histoires que les religions racontent sur la vie dans un au-delà de la mort hypothétique, leurs spéculations sur l'existence de puissances divines supranaturelles qui interviendraient dans nos vies, dans la nature et sur la matière, ces histoires, aussi belles, bien construites et pleines de sens soient elles, philosophiquement ne sont qu'inventions et fariboles, contes pour faire se tenir sages et aider à s'endormir des enfants agités qui ont peur du noir.

Seulement l'humanité a grandi depuis l'époque où elle se sentait apeurée, faible et menacée dans un monde plein de forces qu'elle ne comprenait pas. Malheureusement nous nous accrochons à nos anciennes béquilles religieuses. Parfois absurdement et férocement nous nous foutons sur la gueule parce que nous ne nous raccrochons pas à la même marque de béquille. Il serait préférable de grandir un peu et de réaliser que nous n'avons plus besoin de béquilles divines ni pour regarder en face notre condition de mortels, ni pour nous comporter humainement et fraternellement avec tous les membres de notre propre espèce !
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Dimanche 13 avril 2008
Un vendredi 13 à 5 heures.
Ce jour-là j' pèt'rai mon cockpit
Dans la barranca del muerto
Avec ma terre promise en kit
Et ma dysenterie en solo
Et les anges de la dernière scène
Viendront s'affronter à ma trouille
Passeport, visa, contrôle des gènes
Et radiographie de ma chtouille.

-Hubert Félix Thiéfaine-

Le numéro 3293 de Témoignage Chrétien
dans son dossier sur "les nouveaux athées" (dont je vous parlerai à l'occasion) cite Michel Onfray : "Dieu existe, mais comme une fiction rendue possible par l'angoisse existentielle". Cette angoisse c'est la "trouille" dont parle Thiéfaine. Pour être clair c'est la peur de la mort.

L'explication n'est pas nouvelle, ce qui ne la rend pas moins juste. Penser à la mort, penser à sa propre mort, essayer d'imaginer l'extinction définitive de sa propre conscience peut susciter légitimement l'angoisse, la peur, la panique.

C'est l'exemple même d'une idée impensable : Penser la fin de la pensée, imaginer la disparition de l'imagination qui aura été la sienne, se dire que cette perspective qui nous est propre, celle que nous avons grâce à cet assemblage savant de protéines, d'eau et de sels minéraux divers, de glucides  et de lipides, tout ce que sont nos corps, nos os, muscles et cellules nerveuses, ces gros tas de noeuds neuronaux qui nous servent à penser et que nous nommons cerveaux, nous servir de tout cela pour imaginer la fin de tout cela est une forme de retour sur soi-même assez difficile et les précautions, les circonlocutions et les atermoiements ne sont pas de trop pour aboutir à l'idée qu'en fin de compte c'est tout à fait impossible à penser. Il serait logique que ce qui sert à penser ne puisse penser la fin, l'arrêt, l'absence de pensée.

Question : Si nous nous considérons comme des machines émettrices et réceptrices de pensées. Que peut bien être un émetteur qui cesse définitivement d'émettre ?

Réponse : un tas de ferraille fils et transistors. Promis à la rouille et/ou au dépeçage. Pour fabriquer quoi avec les éléments dépecés ? Et puis d'abord qui dépèce et qui réassemblera peut-être ? Y a-t-il même un dépeceur-réassembleur ou cela ne se fait-il pas plutôt automatiquement, par un processus de recyclage, fabrication et destruction des émetteurs-récepteurs.

Bien sûr, suivant une optique naturaliste, matérialiste, je considère la conscience comme une propriété émergente des systèmes nerveux et la conscience humaine comme la propriété émergente de notre système nerveux muni de l'avantage redoutable de permettre le développement du langage. Un animal tout comme nous peut avoir peur de la mort si celle-ci est imminente et se manifeste par la griffe ou la gueule proche d'un prédateur. Un animal peut être affecté par la mort d'un congénère et montrer des signes comportementaux que l'on peut parfaitement mettre en parallèle avec les nôtres dans une situation similaire. L'immense avantage que nous avons sur les animaux est que, grâce au langage, nous pouvons nous abstraire du présent, nous projeter en pensée dans l'avenir et l'abstraction, réfléchir et raisonner. L'humanité dans ses début a d'abord raisonné comme une casserole (si vous me pardonnez l'expression) en mêlant pensée magique et superstitions, cherchant à contrevenir l'idée insupportable de la mort par l'invention de rites divers et de croyances variées parlant d'autres mondes, d'un au-delà de la mort.

C'est rassurant de réussir à se convaincre qu'une fois mort, on n'est pas vraiment mort, que quelque chose survit, une âme, un truc impalpable, un esprit. On se raconte et on s'invente des histoires à ce sujet et on mélange ça à des mythes cosmologiques sur l'origine du monde, à des idées que l'on se fait sur des puissances mystérieuses qui nous dépassent, souvent inspirées de forces de la nature. C'est dans ce terreau de croyances que sont nées les religions, bien avant que les grecs et les chinois commencent à philosopher.

Aujourd'hui, je ne pense pas que nous soyons beaucoup plus malins que nos ancêtres mais nous avons tout de même réussi à ne plus autant nous laisser impressionner par les forces de la nature, nous avons même commencé à les comprendre voire à les utiliser (parfois inconsidérément mais ce n'est pas le sujet ici). On en connaît beaucoup plus aussi sur la vie et ses mécanismes, aussi sur la mort et ses processus. La mort fait partie de la vie, elle se produit quotidiennement dans nos corps au niveau cellulaire. On peut toujours bien sûr se raconter de belles histoires qui parlent de paradis et d'enfer, de réincarnation ou de résurrection, de nirvâna et de fils de dieu qui aurait vaincu la mort, racheté nos péchés en ressuscitant le troisième jour, mais ces histoire n'ont plus de sens. On ne s'y raccroche plus que par habitude, par tradition et fidélité aux illusions de nos prédécesseurs. On s'y raccroche parce que la mort nous fait toujours peur et que les vieilles recettes de la religion pour conjurer cette peur marchent encore pour peu qu'on soit peu regardant sur l'incohérence et l'irrationalité des doctrines, des dogmes et du discours. Le problème c'est que reconnaître cela c'est reconnaître cette peur et devoir alors l'affronter en face.

Comme j'ai commencé ce billet par une chanson, j'aimerais le clore en citant
Georges Brassens, un chanteur qui selon ses propres mots a souvent semé des fleurs dans les trous de nez de la Camarde :

"la mort est naturelle, et le Grand Pan est mort !"
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Mardi 1 avril 2008
Déjà à l'époque où je pensais être croyant j'avais en sainte horreur cette attitude détestable de celui qui est tellement persuadé d'être dans le bon chemin, d'avoir la vraie foi et de détenir la vérité directement inspirée par Dieu ou le Saint-esprit, qu'il nous bassine de le rejoindre, de nous convertir nous aussi et d'adopter sa vision, son interprétation. Cette attitude est fréquente en particulier chez les "nouveaux convertis" qui renchérissent d'autant plus dans ce zèle prosélyte que leur nouvelle foi, leur nouvelle doctrine est pour eux une découverte récente. Si l'on est indulgent on met ça sur le compte de l'enthousiasme un peu naïf du débutant.

Hélas, certains gardent longtemps cette attitude, ou pire, prennent au pied de la lettre l'injonction évangélique "allez donc : de toutes les nations faites des disciples" (Matthieu chap.28 v.19) et pérorent sermonnent et lancent de vibrants appels à la conversion. Et même, on trouve chez certains athées, certains rationalistes convaincus des attitudes tout à fait similaires, ce qui me désole tout autant !

En y réfléchissant, je pense que je n'aime pas les prosélytes de tout poil parce qu'en fait je sais que je n'arriverai jamais à être suffisamment convaincu moi-même de ce que je crois pour réussir à l'asséner ainsi à autrui et à chercher à propager de la sorte ma petite manière de penser. Surtout, je pense être incapable de me prendre suffisamment au sérieux pour jouer au prosélyte sans éclater de rire à l'idée de mon propre ridicule !
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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Vendredi 28 mars 2008











Depuis quelques années, je ne sais trop pourquoi, le thème de l'influence du religieux dans les affaires du monde et dans la politique en particulier revient sur le devant de la scène, même dans un pays laïque comme la France où la loi de séparation de l'église et de l'état a déjà un peu plus d'un siècle. Ce n'est toutefois pas au niveau politique que je voudrais placer ce billet mais au niveau individuel, dans la sphère privée où dans une société véritablement laïque doivent se cantonner les choix religieux ou philosophique.

Longtemps je me suis considéré comme croyant, chrétien et protestant. Par ailleurs, l'essentiel de ma vision du monde, des gens et des choses vient sans contexte de l'approche scientifique, rationnelle et raisonnable. Je ne crois pas aux phénomènes paranormaux s'ils doivent supposer des forces surnaturelles ou "psychiques" de nature aussi fumeuse qu'imaginaires. Je pensais jusqu'il y a peu de temps qu'il n'y avait pas vraiment de contradiction entre foi et vision scientifique et je tenais pour acquis une nette séparation des domaines de la croyance religieuse et des vérités scientifiques. Je pense aujourd'hui que c'est faire beaucoup d'acrobaties pour en fin de compte cantonner le divin, Dieu, dans une abstraction transcendante qui confine tellement à l'évanescence qu'il ne reste rien.

Désormais donc, je préfère caractériser ma vision du monde comme athée ou plutôt, pour user d'un vocable qui vient du monde anglo-saxon et états-unien je suis un bright. Les brights sont des
individus qui portent un regard naturaliste sur le monde et dont la compréhension de l’univers est libre de tout élément surnaturel ou mystique. Ils fondent leur éthique et leur comportement sur une compréhension naturaliste de l’univers.

Si le sujet vous intéresse, je peux vous conseiller les liens suivants :

http://brightsfrance.free.fr/ : le site des brights de France
http://www.the-brights.net/ : le site international (en anglais)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Brights : L'article sur les brights dans Wikipedia
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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