"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?"

-Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.

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Réflexions

Dimanche 22 juin 2008
Guillaume LECOINTRE ARBOR 2007

Vidéo du site Myspace de Gino FAVOTTI
Guillaume Lecointre présente dans cette vidéo un éclairage pertinent et nuancé sur les incompréhensions récurrentes entre visions religieuses et scientifiques sur l'origine et l'évolution de la vie.

Guillaume Lecointre est un zoologiste et systématicien français, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle
.

Il dit ici sa vision claire des rapports entre sciences et religions :

"La science a nécessairement une définition et un périmètre d'action. Elle déchiffre (et défriche) le réel avec des méthodes, concepts et outils matérialistes qui lui sont propres. Tout dialogue avec des appréhensions du monde qui n'en relèvent pas ne l'intéresse pas, si en même temps elle est sommée de changer sa façon de procéder. Ce sont les religions qui ont besoin de changer le moteur méthodologique de la science pour des raisons politiques, et pas l'inverse. Ce n'est pas une fermeture mais une question de définition. On voudrait que la science « meilleure », parce que « spiritualisée », soit quelque chose de plus grand que la science actuelle, et qui unifierait une appréhension scientifique du monde et une appréhension religieuse du monde. Qu'on cesse de vouloir faire faire à la science ce qui, méthodologiquement, ne la concerne pas."

Par Denis
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Jeudi 12 juin 2008

J'ai longtemps pensé qu'approche scientifique et foi étaient conciliables, ce n'est plus le cas. J'ai longtemps distingué deux sortes de vérités, celles de la science qui ne sont que temporaires, en perpétuel remaniement au fur et à mesure que progressent les recherches et les connaissances, et celles de la foi, certitudes indémontrables par définition, détachées de la réalité matérielle, désincarnées, s'adressant à nos sentiments, à nos rêves et nos désirs.

Cette position m'apparaît intenable et mener à une espèce de schizophrénie peut-être bénigne faisant cohabiter en nous deux logiciels aux algorithmes incompatibles (voir l'image illustrant cet article). Nous basculons de l'un à l'autre selon les situations et surtout selon ce qui nous arrange, tantôt rationnels quand nous essayons d'user de la méthode scientifique, tantôt irrationnels en nous en remettant à la foi, au dogme et à son refus des preuves.

Face au doute, la foi dit : si tu doute c'est que tu ne crois pas assez fort, renforce ta foi et le doute s'évanouira. Face au doute la science cherche et expérimente pour voir, toucher, mesurer la pertinence et la réalité de ce qui peut fonder le doute. En fonction des résultats, on lève le doute soit en améliorant la théorie, soit en changeant de paradigme (révolution scientifique) ce qui amène à une refonte complète de la théorie depuis ses fondements voire la création d'une nouvelle théorie. Même si l'algorithme de la science est plus compliqué, il est meilleur en ce qu'il permet et implique même une amélioration continue de sa propre efficacité et de notre compréhension du monde et de nous mêmes.
Par Denis
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Vendredi 30 mai 2008
                                                              C'est un homme qui traîne entre les deux pôles,
Juste une tête de loup posée, sur les épaules.
C'est un homme qui vit, sans manger personne,
Bien caché de peur d'la peur des loups à tête d'hommes...
-Maxime Le Forestier-

L'Etranger, vaste thème !

"Etrangers et voyageurs sur la terre" nous sommes à condition de ne pas nous cacher derrière les masques éphémères, voire obsolètes de nos identités raciales, nationales ou idéologiques. Nous sommes tous, à un moment ou un autre, en un endroit ou un autre des étrangers par rapport à notre entourage, dans nos relations aux autres. C'est du moins ainsi que je vois et vis cela. Ressentir, expérimenter concrètement, pour soi cette condition d'étranger amène une autre perception, un autre regard porté sur "l'Etranger".

"Souvenez vous que vous avez été des étrangers en Egypte, dans la maison de servitude" exhortent à maintes reprises les prophètes de l'ancien testament. Que dit cette parole biblique par delà les siècles à nous, braves petit(e)s européen(ne)s quelles que soient nos croyances religieuses et convictions philosophiques ?
Elle nous incite en premier lieu à faire travailler notre mémoire, à apprendre notre histoire, à savoir de qui nous sommes héritiers, culturellement entre autres.
A celui qui revendique l'héritage culturel biblique, cette parole amène à se considérer en égal de l'étranger. Nous sommes frères puisque sa condition fut la nôtre, puisque son état fut celui de nos pères. Cette parole offre un cadre pour structurer la relation "autochtone"/"étranger" en des termes qui ne soient pas dès le départ biaisés, inégaux, injustes. Elle permet de fonder la réciprocité qui est espoir de partage et d'enrichissement mutuel évitant l'écueil de l'exploitation et de l'aliénation.

C'est par un témoignage plus personnel que j'aimerais poursuivre. Si je me penche sur mes origines ethniques, je découvre un joyeux mélange de Flandres, de Lorraine et d'Alsace. Si, de plus, on se souvient que les Flandres furent longtemps occupées par les Espagnols (du temps de l'empire de Charles Quint) et l'Espagne elle-même longtemps occupée par les Arabes (on disait les Sarrasins en ce temps là), je vous laisse imaginer le degré de "pureté" génétique que je peux présenter : sub-nul est à mon sens l'estimation la meilleure. Vous pouvez, sachant cela, mieux comprendre pourquoi la notion de "Droit du sang" rime pour moi avec la plus risible et triste incohérence !
Si je récapitule mon parcours géographique, les choses ne sont pas plus simples. Né à Lille, j'ai vécu ensuite dans l'Oise, en Normandie, en Ile-de-France, en Alsace, à nouveau dans le Nord, au Cameroun, en Bretagne, en Lorraine et maintenant en région Centre. Le "Droit du sol" me convient beaucoup mieux à la condition sine qua non de la pleine et entière liberté du choix de son "sol" (cf. article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme).

Si, ensuite j'examine mes racines culturelles, la langue s'impose au premier plan, racine maîtresse, racine pivot, axiale. Ce français, hybride gréco-latin (pardon aux linguistes pour cette simplification peut-être extrême) qui me sert à transmettre ces quelques réflexions. Cette langue, ma langue maternelle/paternelle est plus qu'un outil de communication. C'est à la fois le masque que j'arbore lorsque je parle et la grille de déchiffrement qui me sert à voir/lire/explorer le monde et les autres. Ma culture, c'est ensuite cette Histoire de France, aujourd'hui encore inséparable de mon enfance et des maîtresses et  maîtres d'école qui, les premiers, me l'ont fait découvrir. Et la Réforme, ce particularisme bientôt cinq fois centenaire du christianisme - issu du judaïsme cinq fois millénaire -  et l'humanisme, posture éthique et philosophique hélas bien malmenée en ce début de XXIème siècle.

A ces trois aspects de mes origines personnelles : ethno-(bio)logique, géographique et culturelle, correspondent trois facettes de mon identité, comme trois des quatre faces d'un tétraèdre. En effet, creuser le thème de "l'Etranger" mène à penser l'identité. Mais attention ! Cette métaphore du tétraèdre est piégée parce que géométrique et statique. En fait, c'est plus la manière dont j'intègre ces trois identités et comment elles évoluent en interrelation que je définis comme mon identité. En bref, dire : "je suis français" c'est un peu court, jeune homme, comme disait Cyrano quoiqu'à propos d'une autre assertion. Mon identité est le processus d'hybridation, de métissage qui me fait avancer et voir moins petit. Vivre moins étriqué en somme.

On peut parler, se gargariser de mots : société multi- ou pluriculturelle, multiraciale. Parler de l'enrichissement mutuel dans la rencontre avec l'autre, l'étranger et même lancer des slogans du genre "la France est une mob' pour avancer, il lui faut du mélange !". Tout cela ne reste que voeux pieux, lettre morte si nous ne nous engageons pas dans un véritable processus de métissage, voie moyenne, voie étroite entre le racisme et l'activisme intégrationniste de celui qui cherche à tout prix à adopter la culture de l'autre en allant parfois jusqu'à rejeter ses propres origines, sa propre culture-mère (/père).

J'ai eu la possibilité, et j'ai saisi cette possibilité, de partir un temps vivre ailleurs à la fin de mes études. Je suis parti, volontaire pour l'aide au développement, en Afrique. J'ai été professeur de sciences naturelles et de mathématiques dans un collège-lycée du Cameroun. J'ai ainsi été deux années (vingt-deux mois en fait) étranger en terre étrangère, européen parmi des africains, jeune ch'timi chez les bamilékés, peut-être même un peu "Tintin au Congo". Ce fut une expérience de vie cruciale, déterminante, et je peux dire aujourd'hui - vingt ans après le retour - fondatrice de la manière dont je vois et reçois le monde et les gens. Ce furent deux "années sandwich", deux années-tranche-de-jambon entre des années de pain plus ou moins sec ou brioché. Entre autre, c'est de cette période que je date la prise de conscience du processus de métissage duquel je me sens participer

En élargissant à nouveau la réflexion, je crois qu'il est vital de se rendre compte qu'entre l'Europe de l'Ouest et celle de l'Est, celle du Nord et celle du Sud, entre le petit tiers soi disant développé du monde et les deux autres gros tiers affamés et laissés pour compte, le processus de métissage, cet apprentissage de l'interdépendance et de l'interrelation équilibrée, on n'en fera pas l'économie si on veut éviter de gros ennuis ( et encore, là, j'euphémise).

Par Denis
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Samedi 26 avril 2008
J'aime la Science-Fiction depuis que je suis en âge de lire. Sous toutes ses formes, cinématographique ou littéraires, bande dessinée y compris elle participe à mes moments de détente et j'y trouve une source toujours renouvelée de réflexion sur le monde, nos sociétés humaines et leurs évolutions.

Orson Scott Card est un écrivain célèbre, américain et mormon d'origine, un maître du genre dont l'une des oeuvres majeures est la "saga d'Ender". Dans le deuxième tome de la série, "La voix des morts", on trouve ceci :

La langue scandinave définit quatre types d'étrangers. Le premier est celui qui vient d'ailleurs , ou utlänning, l'étranger que nous considérons comme un être humain, mais qui vient d'un autre pays ou d'une autre ville. Le deuxième type est le framling.(...) C'est l'étranger que nous considérons comme humain mais qui vient d'une autre planète. Le troisième est le raman, l'étranger que nous considérons comme humain mais qui appartient à une autre espèce. Le quatrième type, le varelse, recouvre ce qui nous est véritablement étranger et s'applique à tous les animaux, avec qui la conversation n'est pas possible. Ils vivent mais ne peuvent saisir les causes ou les objectifs qui les font agir. Peut-être sont ils intelligents, peut-être sont ils conscients, mais nous ne pouvons pas le savoir.

C'est pour ce genre de pépite que j'aime la SF. Parce que ça invite à réfléchir et à se demander si nous aussi, à notre manière nous ne nous référons pas à une sorte de hiérarchie de l'exclusion. Surtout, on peut se demander si fonctionner dans ses relations aux autres avec une telle grille de classement est pertinent. Certains, qui préfèrent leur cousin à leur voisin et leur voisin à un étranger (à condition que le voisin ait la même couleur de peau que la leur) abusent franchement à mon sens d'une forme perverse de hiérarchie de l'exclusion.

J'aimerais pour conclure laisser parler O.S. Card par l'entremise de son personnage principal, qui dit ceci en exergue au premier chapitre :

Comme nous ne sommes pas encore tout à fait habitués à l'idée que les habitants du village voisin sont aussi humains que nous, il est présomptueux à l'extrème de supposer que nous pourrons un jour considérer des créatures sociales, utilisant des outils et issues d'une évolution distincte de la nôtre non comme des animaux mais comme des frères, non comme des rivaux mais comme des compagnons de pélerinage sur le chemin du sanctuaire de l'intelligence.
Néanmoins, c'est ce que je vois, ou espère voir. La différence entre raman et varelse n'est pas inhérente à la créature qui est jugée mais à celle qui juge. Lorsque nous déclarons qu'une nouvelle espèce est ramane, cela ne signifie pas qu'elle a franchi le seuil de la maturité morale, cela signifie que nous l'avons franchi.

Qu'attendons-nous pour reconnaitre au moins les chimpanzés et les dauphins comme raman ?
Par Denis
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Vendredi 21 mars 2008
Tout petit déjà, mes parents avaient peur, me voyant très sociable, de me perdre puisque je me sentais bien avec n'importe qui, étais ouvert à tous et tout le monde. Selon leurs dires je n'ai jamais été un enfant ayant peur des autres, des gens, des étrangers à la famille.

Bien plus tard, sur un bateau, quelque part entre Saint-Malo et les îles Sorlingues (ou Scilly) j'appris le mot syntone. Je ne connaissais à l'époque dans ce registre lexical qu'atone et par l'étymologie, rapidement vis la signification du nouveau vocable : un qualificatif qui me plaisait/me plait/me plaira encore longtemps sans doute.

Depuis, pas mal d'eau a coulé sous les ponts de Bâle, Paris, Bonabéri-Douala, Rennes, Strasbourg et Nancy . Á l'instar de Zazie (dans le métro), j'ai vieilli.

Je ne crois pas beaucoup au mûrissement pour les animaux, les mammifères entre autre et en particulier les primates soi-disants supérieurs : on durcit par endroits, on pourrit à d'autres, ne nous leurrons pas. Les processus de taille et d'élagage ou de sédimentation sont à mon sens des métaphores plus pertinentes pour décrire l'évolution de la manière d'être au monde d'une personne et de sa manière de voir et de déchiffrer son environnement.

De plus les mots sont seconds. La perception est première, mais qu'est une perception non verbalisée, voire non verbalisable ? Cette question m'encombre et je ne trouve où la poser si ce n'est dans et entre ces lignes.

Cette question difficilement posable renvoie au vocabulaire descriptif, à l'outil-langage, etc.

Ma dernière découverte lexicale dans le champ de ce thème de réflexion date de Pâques 1991 à Francheville-Ecully dans le département du Rhône. Grâce à l'aide d'un ami, apprenti-ethnologue le mot est sorti (ou ressorti) : exotrope.

Je me perçois comme marqué au coin de l'exotropisme et même osons le pléonasme d'un exotropisme syntone, héritier du Zelig de Woody Allen et du Candide de Voltaire, de Simon CLAR (ou SHAR) des "Singes du Temps" de Michel Jeury et de Paul Muad'Dib né Atréïdes alias Usul le personnage majeur du roman-univers "Dune" de Fanck Herbert.

Ceci posé reste maintenant : Quoi faire, qu'en faire, de cette disposition d'esprit, de corps et de coeur ? Une seule réponse et qui me sert depuis longtemps de devise personnelle : faire avec !
Par Denis
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