"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?"

-Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.

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Lectures

Lundi 2 juin 2008
"Depuis la Guerre des « 7 jours de Feu », il y a mille ans, la Terre est recouverte d'une immense forêt toxique habitée par des animaux et des insectes géants qui obligent les hommes à vivre reclus.

Ce monde mystérieux est un frein à l'expansion des royaumes qui souhaitent élargir leur territoire et se livrent à des guerres féroces. La princesse Nausicaä, fille du roi Jhil, vit dans la pacifique « Vallée du Vent » et a le pouvoir de communiquer avec tous les êtres vivants.

Intriguée depuis toujours par cette forêt dont elle est la première à comprendre les vertus bénéfiques pour l'écosystème, Nausicaä décide de s'engager pour sauver le monde, incarnant ainsi le Messie annoncé de longue date par les oracles. "


C'est ainsi que l'éditeur français de ce manga fabuleux, en sept (!) tomes présente ce qui pourait sembler une énième saga mêlant SF et Fantasy. Mais ici pas de simplisme, ni dans les personnages, ni dans le scénario comme c'est trop souvent le cas. Ce sont les thèmes humanistes et écologiques de Miyazaki qui imprègnent cette saga qui a aussi donné un film d'animation. C'est un plaisir et un émerveillement sans cesse renouvelé par l'inventivité graphique de l'auteur du Château dans le ciel et de Princesse Mononoké.

Nausicaä de la Vallée du Vent par Hayao Miyazaki, 7 tomes, Glénat
Par Denis
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Samedi 24 mai 2008

Ces "Réflexions sur l'origine et l'évolution de la vie" sont celles de Christian De Duve, Professeur de Biochimie et Biologie cellulaire, ayant exercé son activité de chercheur ente autres à l'Université catholique de Louvain, et Prix Nobel de médecine en 1974 pour l'ensemble de ses travaux. Elle font l'objet d'un court essai (11 pages) paru initialement dans Actes de la Société de Biologie en 1998 et repris dans un remarquable recueil "Nouveaux débats sur le vivant", coordonné par une biologiste Marie-Christine Maurel, et un philosophe Paul-Antoine Miquel et paru en 2003 aux éditions Kimé.

Christian De Duve commence son exposé en marquant son désaccord avec Jacques Monod qui concluait à la fin de son ouvrage célèbre "Le hasard et la nécessité" que la naissance de la vie et l'apparition de l'homme sur Terre étaient en fin de compte des hasard très improbables :

"Comme je l'écrivais déjà en 1972, [Monod] n'a pas, dans son analyse, tenu suffisamment compte des "contraintes du hasard."
Contraintes chimiques d'abord, qui font de l'émergeance de la vie un événement beaucoup plus probable que ne le croyait Monod, un événement obligatoire, même, dans les conditions physico-chimiques qui régnaient à l'endroit de son apparition. La vie est un processus chimique, qui s'explique compètement par les propriétés des molécules qui constituent les êtres vivants et par les interactions que ces molécules entretiennent les unes avec les autres et avec certaines molécules présentes dans le milieu environnant. (...)
Ce qui est vrai de la nature de la vie doit l'être également de son origine. Même si l'on ignore presque tout des mécanismes en cause, on peut affirmer avec certitude, sous peine de verser dans le créationnisme, que la vie s'est développée par des réactions chimiques qui, sous l'influence des conditions Physico-chimiques existantes, donnèrent naissance à des molécules, puis à des systèmes polymoléculaires, de plus en plus complexes, pour aboutir enfin aux premières cellules dont sont issus tous les vivants actuels"


Il poursuit en rappelant le déterminisme des phénomènes chimiques :

"(...) ce qui me fait dire (...) que la vie devait obligatoirement naître dans les conditions qui ont présidé à sa naissance.
    Cette conviction est encore renforcée par le fait que de très nombreuses étapes ont dû intervenir dans cette naissance."


On commence d'ailleurs à avoir diverses hypothèses sérieuses au sujet de ces étapes tant concernant l'apparition des premières molécules prébiotiques (acides aminés et nucléotides) que sur la manière dont les premiers circuits métaboliques auto-réplicateurs ont pu s'initier (voir par exemple "
Evolution moléculaire
", Philippe Luchetta et al., Dunod, 2005).
Concernant l'apparition de l'homme, Ch. De Duve poursuit :

"Quelque improbable que fût l'émergence de l'espèce humaine, il n'en reste pas moins vrai que l'événement a eu lieu. Contrairement à l'affirmation de Monod, la biosphère était effectivement "grosse de l'homme".(...) La probabilité du phénomène pourrait ne pas avoir été, de loin, aussi infime qu'on ne l'admet généralement. Et l'on ne doit pas, comme le voudraient certains, faire appel à une force directrice inconnue se substituant au jeu aveugle de la sélection naturelle pour soutenir cette opinion. Hasard n'exclut pas inévitabilité. Tout dépend du rapport entre le nombre de possibilités dont le hasard dispose pour réaliser un certain événement et la probabilité de celui-ci."

Après avoir développé ces idées sur les jeux de la contrainte et du hasard dans l'évolution et plus précisément dans l'évolution de l'espèce humaine, il termine par ces idées fortes :

"Il est devenu de bon ton, presque politiquement correct, de dénier toute signification particulière à l'espèce humaine, sous prétexte qu'elle n'est qu'une parmi les millions d'espèces existantes, le fruit comme toutes les autres d'une improbable succession d'événements fortuits, "l'incarnation de la contingence", comme le dit Stephen Jay Gould, le paléontologue qui s'est fait l'interprète de la biologie moderne auprès du grand public américain. Une telle opinion serait simplement risible si elle n'était relayée par les média et prise au sérieux par une bonne part des lecteurs qui la croient inéluctablement imposée par les données les plus récentes de la science. Il est temps d'affirmer clairement qu'il n'en est rien. Point n'est besoin de dénier au hasard le rôle que la science moderne lui accorde dans l'évolution biologique, ni de renoncer à une interprétation strictement darwinienne des phénomènes en cause, pour discerner dans ceux-ci des directions privilégiées menant, notamment, à la conscience et à la pensée. (...)
Cette thèse comporte un corollaire important. S'il est indéniable que l'espèce humaine occupe aujourd'hui le sommet de l'arbre de la vie, rien de ce que nous savons ne permet de croire que cette place soit définitive et que l'évolution verticale est achevée. (...)
Notre sentiment de supériorité doit donc, même s'il est légitime, se tempérer d'une solide dose d'humilité, car notre primauté est certainement transitoire."


La conclusion de cet essai porte sur le pouvoir unique et redoutable qu'a l'homme sur l'évolution même de la vie sur Terre. Il nous incite non seulement à l'humilité, mais aussi à la sagesse :

"On ne peut qu'espérer que nous acquerrons cette sagesse avant d'avoir abusé d'une manière excessive des moyens d'action dont nous disposons. C'est vers ce but que doit tendre l'humanisme du troisième millénaire. La science, détentrice des connaissances et des technologies qui en découlent, porte une responsabilité particulièrement lourde dans la réalisation de cet objectif. Il lui appartient d'éclairer les autres forces culturelles et de définir collectivement avec elles la manière la plus sage d'aider l'évolution."
Par Denis
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Mercredi 23 avril 2008
"L'idée dangereuse de Darwin" est la traduction littérale du titre original d'un ouvrage de Daniel Clement Dennett, paru en 1995 chez Simon & Schuster, et en français, dans la traduction de Pascal Engel en 2000. Le sous-titre est éclairant : l'évolution et les sens de la vie. Vous avez bien lu : les sens. La vie n'en a pas qu'un, et les significations que l'on peut tirer de l'observation de la vie à la lumière de la grande idée de Darwin quand on est un philosophe des sciences de l'envergure de Daniel Dennett sont multiples.

Pour qui et pourquoi est-elle dangereuse cette idée de Darwin et avant tout en quoi consiste-t-elle ? Dans son livre "L'origine des espèces" publié pour la première fois il y a bientôt cent cinquante ans, Darwin a avancé l'idée que l'ensemble de la diversité et de l'unité du monde vivant, des plantes aux bactéries en passant par les primates et les champignons, pouvait s'expliquer par un mécanisme relativement simple faisant évoluer une espèce nouvelle d'une espèce plus ancienne (le principe de descendance avec modification) par le jeu de ce qu'il a appelé la sélection naturelle. Dennet reformule finement la "sélection naturelle" comme un processus mécanique, aveugle, un algorithme, qui explique comment par accumulation de petites modifications et le jeu de divers mécanismes amplificateurs (qu'il nomme des "grues") on obtient l'étonante diversité des formes de vie existant de nos jours.

Cette idée est dangereuse pour tout ceux qui pensent que l'évolution ne peut être totalement expliquée par des mécanismes fussent-ils algorithmiques et qu'il faut "quelque chose d'autre". Ce "quelque chose d'autre" qui ne soit pas une grue, Dennett l'appelle "crochet céleste". Méthodiquement, tout au long de ce livre, il s'applique à réfuter une à une les diverses objections que les chercheurs de crochets célestes - dont les partisans du Dessein Intelligent
sont un des derniers avatars - ont avancées pour essayer de contenir la progression de l'idée dangereuse de Darwin. Il y parvient avec brio, finesse, intelligence et même pas mal d'humour ce qui ajoute encore au plaisir du lecteur.

Les détracteurs de Darwin n'ont pas changé depuis bientôt cent cinquante ans que "L'origine des espèces" est parue. Ce sont toujours ceux qui ne supportent pas l'idée que notre espèce humaine avec toutes ses merveilleuses qualités d'habileté, de langage d'intelligence, soit le fruit - comme toutes les autres espèces vivantes - d'un mécanisme complexe certes mais pas divin pour un sou d'évolution par "sélection naturelle". Reconnaitre la justesse scientifique de la théorie darwinienne telle que les biologistes de l'évolution la formulent aujourd'hui n'empèche pas d'apprécier le récit de la Genèse. Au contraire on peut maintenant l'apprécier à sa juste valeur, celle d'un mythe, qui certes peut encore porter du sens aujourd'hui mais assurément plus un sens littéral. Il est devenu beaucoup plus difficile après Darwin et ses successeurs de croire de manière naïve à un Dieu créateur.

Par Denis
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Vendredi 14 mars 2008
Il y a d'abord un ton, une voix, un style, bref une personnalité d'auteur qui vous éclate à la figure à peine lues les premières lignes. Même si ce style est une pose, une posture qu'affecte de prendre l'auteur sans être dupe de ce jeu. C'est mesuré, précis, concis et foutrement efficace. C'est prenant et envoutant aussi, fascinant à l'instar de ces vies de petites gens qui sont aussi extraordinaires que banales.

C'est un roman, mais c'est aussi une œuvre autobiographique où à travers des vies d'ancêtres, de parents, de connaissances reconstruites, déduites et interprétées l'auteur nous livre la sienne. Sa propre vie qu'il semble estimer aussi petite que celles qu'il nous conte.

Ce n'est pas récent, ça date de 1984, ça a eu le prix France Culture, et quoi qu'il en soit ça mérite vraiment d'être lu !
Par Denis
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