Partager l'article ! La hiérarchie de l'exclusion selon O.S. Card: J'aime la Science-Fiction depuis que je suis en âge de lire. Sous toutes ses formes, cinématogra ...
| Juin 2012 | ||||||||||
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J'aime la Science-Fiction depuis que je suis en âge de lire. Sous toutes ses formes, cinématographique ou littéraires, bande dessinée y compris elle participe à mes
moments de détente et j'y trouve une source toujours renouvelée de réflexion sur le monde, nos sociétés humaines et leurs évolutions.
Orson Scott Card est un écrivain célèbre,
américain et mormon d'origine, un maître du genre dont l'une des oeuvres majeures est la "saga d'Ender". Dans le deuxième tome
de la série, "La voix des morts", on trouve ceci :
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La langue scandinave définit quatre types d'étrangers. Le premier est celui qui vient d'ailleurs , ou utlänning, l'étranger que
nous considérons comme un être humain, mais qui vient d'un autre pays ou d'une autre ville. Le deuxième type est le framling.(...) C'est l'étranger que nous considérons comme
humain mais qui vient d'une autre planète. Le troisième est le raman, l'étranger que nous considérons comme humain mais qui appartient à une autre espèce. Le quatrième type, le
varelse, recouvre ce qui nous est véritablement étranger et s'applique à tous les animaux, avec qui la conversation n'est pas possible. Ils vivent mais ne peuvent saisir les causes
ou les objectifs qui les font agir. Peut-être sont ils intelligents, peut-être sont ils conscients, mais nous ne pouvons pas le savoir. |
C'est pour ce genre de pépite que j'aime la SF. Parce que ça invite à réfléchir et à se demander si nous aussi, à notre manière nous ne nous référons pas à une
sorte de hiérarchie de l'exclusion. Surtout, on peut se demander si fonctionner dans ses relations aux autres avec une telle grille de classement est pertinent. Certains, qui préfèrent leur
cousin à leur voisin et leur voisin à un étranger (à condition que le voisin ait la même couleur de peau que la leur) abusent franchement à mon sens d'une forme perverse de hiérarchie de
l'exclusion.
J'aimerais pour conclure laisser parler O.S. Card par l'entremise de son personnage principal, qui dit ceci en exergue au premier chapitre :
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Comme nous ne sommes pas encore tout à fait habitués à l'idée que les habitants du village voisin sont aussi humains que nous, il est
présomptueux à l'extrème de supposer que nous pourrons un jour considérer des créatures sociales, utilisant des outils et issues d'une évolution distincte de la nôtre non comme des
animaux mais comme des frères, non comme des rivaux mais comme des compagnons de pélerinage sur le chemin du sanctuaire de l'intelligence.
Néanmoins, c'est ce que je vois, ou espère voir. La différence entre raman et varelse n'est pas inhérente à la créature qui est jugée
mais à celle qui juge. Lorsque nous déclarons qu'une nouvelle espèce est ramane, cela ne signifie pas qu'elle a franchi le seuil de la maturité morale, cela signifie que nous
l'avons franchi.
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Qu'attendons-nous pour reconnaitre au moins les chimpanzés et les dauphins comme raman ?
Qui parle de discuter philo ou fonder une famille avec un dauphin ou un cochon ? Pas moi, ni Ender Wiggins le héros de Card. [Au passage c'est amusant que vous parliez de cochons. L'espèce extraterrestre intelligente imaginée par Card pour peupler la planète Lusitania où arrive Ender au début du roman ressemble précisément à des cochons qui marcheraient sur leurs pattes arrières. Ils sont communément appelés dans le roman "piggies" ou "porquinhos" (les habitants de Lusitania parlent portugais).]
Il est question ici de reconnaître que certains animaux sont fort proches d'accéder à la réflexion sur ce qui les fait agir. La limite, distinction absolue, qualitative entre l'humain et l'animal est en fait beaucoup plus floue qu'on le croit. Au fur et à mesure que les études progressent particulièrement en éthologie et primatologie, on constate l'étonnante proximité en particulier entre nous et nos plus proches parents sur l'arbre de la vie, les chimpanzés. Pas seulement sur le plan génétique mais comportemental, voire culturel (capacité d'apprentissage, de transmettre une technique à sa descendance, utilisation d'outils, etc.). Certains auteurs vont jusqu'à considérer l'homme comme le troisième chimpanzé (Jared Diamond, 2000).
Quand à notre propension à nous trucider les uns les autres, souvent pour des prétextes aussi grotesques et futiles que des croyances religieuses, je vous l'accorde, ça, c'est bien spécifiquement humain !
Waw ! Quelle trouvaille ! "Les animaux aussi se bouffent entre eux" Vous n'ignorez pas tout de même qu'à l'intérieur d'une espèce, dans la nature (en captivité c'est autre chose) ce comportement est rare chez les animaux même s'il n'est pas complètement inconnu. On peu citer chez les fourmis la reine qui mange ses propres oeufs, chez des insectes et des arachnides la femelle qui bouffe le mâle après (voire pendant) l'accouplement.
En revanche des comportements comme la guerre (croisade pour motif religieux ou autre), la torture ou le génocide vous aurez vraiment du mal à en trouver l'équivalent chez les animaux. De même, il n'y a que les humains pour avoir parfois des comportements inhumains et on ne peut dénoncer un tel comportement qu'en référence à une éthique. Là, dans l'invention de l'éthique et de la morale se trouve la véritable innovation spécifiquement humaine, ce qui nous distingue des animaux.
Mais je crois comprendre ce qui vous gène dans les différents faits et observations scientifiques attestant notre proximité avec nos cousins chimpanzés au point qu'il vous faut absolument vous dire que ce ne sont que des "jolies histoires". Ces faits et d'autres venant de la paléontologie appuient une histoire de l'hominisation qui manque singulièrement de rupture franche et s'opère plutôt par paliers graduels. Mais là nous nous éloignons pas mal d'Orson Scott Card et de la littérature de science-fiction.
Là effectivement votre argument est imparable... Si on considère que l'argument d'autorité est imparable, ce qui n'est pas mon cas. Dire comme vous le faites "moi je bosse avec des animaux donc moi je sais mieux que vous et mieux que tous les auteurs de tous les livres que vous pouvez lire" c'est demander que l'on s'en remette à votre autorité en la matière, sans que vous donniez d'ailleurs la moindre justification à cette autorité. Sans que vous nous fassiez part non plus de la teneur des remarquables observations que quotidiennement vous êtes amenés à faire sur les animaux par votre "expérience concrète". Votre si excellente expérience personnelle qui vous permet de dédaigner allègrement les travaux de chercheurs en éthologie et primatologie qui forcément pour vous doivent compter pour du beurre malgré leurs observations.
Je n'ai jamais parlé de civilisation delphinienne et philosophique, ni dit que les chimpanzés ou les bonobos nous dépassent en sensibilité et en compréhension. Ce n'est qu'un exemple de la tactique qui consiste à déformer les propos de votre contradicteur afin de les critiquer plus à l'aise. Désolé mais ce n'est pas ce que j'ai dit que vous tentez de brocarder mais la version déformée et tronquée que vous tirez de mes réponses. Bref, un coup dans l'eau : plouf !
Ici encore vous vous égarez et vous asseyez allègrement sur des travaux de recherche parfaitement établis et reconnus par la communauté scientifique qui montrent que l'hominisation est un phénomène complexe, graduel qui s'observe fort bien dans le relais passé des australopithèques à l'homo érectus, à l'homme de néanderthal pour aboutir à l'homme moderne. Je vous renvoie à l'excellent travail de vulgarisation de ces théories qu'ont pu faire des gens comme Yves Coppens ou Pascal Picq.