"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?" -Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.
Le numéro 3293 de Témoignage Chrétiendans son dossier sur "les nouveaux
athées" (dont je vous parlerai à l'occasion)citeMichel Onfray: "Dieu existe, mais comme une fiction rendue possible par l'angoisse
existentielle". Cette angoisse c'est la "trouille" dont parle Thiéfaine.
Pour être clair c'est la peur de la mort.
L'explication n'est pas nouvelle, ce qui ne la rend pas moins juste. Penser à la mort, penser à sa propre mort, essayer d'imaginer l'extinction définitive de sa propre conscience peut susciter
légitimement l'angoisse, la peur, la panique.
C'est l'exemple même d'une idée impensable : Penser la fin de la pensée, imaginer la disparition de l'imagination qui aura été la sienne, se dire que cette perspective qui nous est propre,
celle que nous avons grâce à cet assemblage savant de protéines, d'eau et de sels minéraux divers, de glucides et de lipides, tout ce que sont nos corps, nos os, muscles et cellules
nerveuses, ces gros tas de noeuds neuronaux qui nous servent à penser et que nous nommons cerveaux, nous servir de tout cela pour imaginer la fin de tout cela est une forme de retour sur
soi-même assez difficile et les précautions, les circonlocutions et les atermoiements ne sont pas de trop pour aboutir à l'idée qu'en fin de compte c'est tout à fait impossible à penser. Il
serait logique que ce qui sert à penser ne puisse penser la fin, l'arrêt, l'absence de pensée.
Question : Si nous nous considérons comme des machines émettrices et réceptrices de pensées. Que peut bien être un émetteur qui cesse
définitivement d'émettre ?
Réponse : un tas de ferraille fils et transistors. Promis à la rouille et/ou au dépeçage. Pour fabriquer quoi avec les éléments dépecés ? Et
puis d'abord qui dépèce et qui réassemblera peut-être ? Y a-t-il même un dépeceur-réassembleur ou cela ne se fait-il pas plutôt automatiquement, par un processus de recyclage, fabrication et
destruction des émetteurs-récepteurs.
Bien sûr, suivant une optique naturaliste, matérialiste, je considère la conscience comme une propriété émergente des systèmes nerveux et la conscience humaine comme la propriété émergente de
notre système nerveux muni de l'avantage redoutable de permettre le développement du langage. Un animal tout comme nous peut avoir peur de la mort si celle-ci est imminente et se manifeste par
la griffe ou la gueule proche d'un prédateur. Un animal peut être affecté par la mort d'un congénère et montrer des signes comportementaux que l'on peut parfaitement mettre en parallèle avec
les nôtres dans une situation similaire. L'immense avantage que nous avons sur les animaux est que, grâce au langage, nous pouvons nous abstraire du présent, nous projeter en pensée dans
l'avenir et l'abstraction, réfléchir et raisonner. L'humanité dans ses début a d'abord raisonné comme une casserole (si vous me pardonnez l'expression) en mêlant pensée magique et
superstitions, cherchant à contrevenir l'idée insupportable de la mort par l'invention de rites divers et de croyances variées parlant d'autres mondes, d'un au-delà de la mort.
C'est rassurant de réussir à se convaincre qu'une fois mort, on n'est pas vraiment mort, que quelque chose survit, une âme, un truc impalpable, un esprit. On se raconte et on s'invente des
histoires à ce sujet et on mélange ça à des mythes cosmologiques sur l'origine du monde, à des idées que l'on se fait sur des puissances mystérieuses qui nous dépassent, souvent inspirées de
forces de la nature. C'est dans ce terreau de croyances que sont nées les religions, bien avant que les grecs et les chinois commencent à philosopher.
Aujourd'hui, je ne pense pas que nous soyons beaucoup plus malins que nos ancêtres mais nous avons tout de même réussi à ne plus autant nous laisser impressionner par les forces de la nature,
nous avons même commencé à les comprendre voire à les utiliser (parfois inconsidérément mais ce n'est pas le sujet ici). On en connaît beaucoup plus aussi sur la vie et ses mécanismes, aussi
sur la mort et ses processus. La mort fait partie de la vie, elle se produit quotidiennement dans nos corps au niveau cellulaire. On peut toujours bien sûr se raconter de belles histoires qui
parlent de paradis et d'enfer, de réincarnation ou de résurrection, de nirvâna et de fils de dieu qui aurait vaincu la mort, racheté nos péchés en ressuscitant le troisième jour, mais ces
histoire n'ont plus de sens. On ne s'y raccroche plus que par habitude, par tradition et fidélité aux illusions de nos prédécesseurs. On s'y raccroche parce que la mort nous fait toujours peur
et que les vieilles recettes de la religion pour conjurer cette peur marchent encore pour peu qu'on soit peu regardant sur l'incohérence et l'irrationalité des doctrines, des dogmes et du
discours. Le problème c'est que reconnaître cela c'est reconnaître cette peur et devoir alors l'affronter en face.
Comme j'ai commencé ce billet par une chanson, j'aimerais le clore en citantGeorges
Brassens, un chanteur qui selon ses propres mots a souvent semé des fleurs dans les trous de nez de la Camarde :
"la mort est naturelle, et le Grand Pan est mort !"
Ah. C'est là une théorie assez souvent avancée...mais vérifiée ? ah. non.
On ne peut donc, je précise, la présenter comme un fait. C'est mieux de le dire.
(d'autant que citer Onfray en introduction, pour parler de religion, c'est pas un très très bon début - pourquoi pas citer un discours électoral du Front National en introduction à une étude sociale des phénomènes migratoires ? :-) Essayez plutôt Comte-Sponville, au moins c'est de la philosophie, de mon avis personnel.)
ah-hm. bon.
Sur quoi se fonde l'affirmation que l'idée de dieu, de dieux, des dieux, des esprits, vint à l'origine de la peur de la mort ? Et bien, elle se fonde sur l'hypothèse que l'idée de dieu, de dieux, des dieux, des esprits, vint à l'origine de la peur de la mort. Après quoi, elle décrit l'évolution de la pensée humaine sur ce mode, sans rien vérifier.
Sentant au loin Einstein, Socrate, Platon, Pasteur, Copernic, heu, enfin plein de monde se retourner dans sa tombe, j'ose une remarque :
ce n'est pas ce que l'on observe dans le développement de l'individu.
Vous savez, le "l'ontogenèse rappelle la philogenèse" ? Certes, on a dit depuis que ce n'est pas tout à fait exact ou en tout cas uniquement approximatif. Mais c'est une jolie et intéressante approximation. Ne peut-on se dire que notre développement rappelle également celui de l'humanité ?
Or, les premières questions existentielles qui viennent (très tôt !) à l'enfant sont : pourquoi j'existe. Pourquoi c'est comme ça. Pourquoi le monde il existe.
Il me semble donc que réduire l'origine de toute religion et réflexion métaphysique à la peur de la mort semble un peu...et ben réducteur, justement.
(et très approximatif : si on part comme ça, la perspective du néant est beaucoup plus rassurante que la possibilité de l'enfer.)
(soit dit en passant : "raisonner comme une casserole", les mythes antiques, les rites d'inhumation, les nécropoles, les chants, les prières, les monuments, les contes,...
...ben dites, vous v'là bien méprisant envers vos ancêtres, vous qu'avez pas inventé la roue...)
Si vous avez cru que je présentais cette théorie de la peur de la mort, expliquant l'origine de la croyance en des arrières-mondes, des au-delà peuplé de présence(s) divine(s) comme un fait c'est
que je me suis mal exprimé. C'est bien une théorie et qui me parait plausible, vraisemblable, et qui mérite au moins d'être examinée.
Je ne pense pas avoir dans mon article adopté un raisonnement circulaire en confondant prémisses et conclusion comme vous semblez le suggérer non plus. Je pense, pour préciser mon point de vue, que
la peur de sa propre mort qu'un primate humain comme nous ou néanderthal -qui pratiquait, l'archéologie l'atteste des rites funéraires- est capable de prévoir, combinée à d'autre peurs comme celle
des phénomènes naturels ou les rêves et cauchemars où apparaissent des parents, des ancètres décédés peuvent fonder une croyance en des fantômes, des esprits, des puissances mystérieuses de l'ombre
et de la nuit et d'autre du jour et de la lumière. Les religions, même les religions révélées ne sont pas tombées du ciel toutes faites un beau matin, elles ont une histoire, elles ont évolué à
partir de formes ancestrales, primitives dont certaines traces nous restent dans le chamanisme par exemple. Le culte solaire unique d'akhénaton est aussi un bon candidat pour être une des sources
du monothéisme mosaïque et par là des trois religions abrahamiques.
Pour ce qui est de la phylogénie et de l'ontogénie j'entends aussi fréquemment des enfants (dont les miens) poser des questions du style c'est quoi la mort ? Aussi bien que des questions du style
pourquoi j'existe. Je ne sais pas quelle question leur vient en premier, je pense que ça doit dépendre des enfants... et aussi des parents et adultes qui les élèvent et les éduquent.
A propos des grands penseurs et savants que vous citez je ne saisis pas très bien pourquoi ils devraient se retourner dans leurs tombes respectives. Parce qu'ils étaient croyants ? Parce que leurs
théories philosophiques ou scientifiques vont à l'encontre de ce que je postule ? Pourriez vous préciser ?
Quand à la valeur des mythes et rites qui nous ont été transmis depuis les temps les plus immémoriaux où nous n'étions que de vagues tribus de chasseurs-cueilleurs après avoir été enrichis
patiemment par toutes les générations de nos ancètres je suis entièrement d'accord pour la reconnaître. J'en apprécie même plus souvent que vous pourriez sans doute le penser la saveur et même
parfois la pertinence. Ce que je n'estime pas pertinent en revanche c'est le dualisme que ces mythes religieux et croyances véhiculent, ce postulat qu'ils prétendent raisonnable de l'existence
d'une autre réalité au-delà de la réalité, d'un monde spirituel supérieur au monde matériel, et d'un ou de plusieurs dieu(x) -les différentes religions ne sont pas vraiment d'accord entre elles-
puissance suprème créateur de toutes choses visibles et invisibles, créateur de la vie, de l'humain et source du bien, de la morale et fondement de l'éthique.
Enfin, je crois que je vais suivre votre conseil et lire sans tarder "l'esprit de l'athéisme" d'André Comte-Sponville que je risque fort de beaucoup mieux apprécier que le "traité d'athéologie" du
sieur Onfray.
réponse de : Denis (site web)
le: 16/04/2008 18:48:41
...ça, c'est quasi-certain. :-)
Je noterais quand-même une différence de taille entre le "monothéisme" d'Akhénaton et la religion hébraïque : dans la première, le dieu unique ou en tout cas supérieur aux autres, est le soleil ; chez les hébreux, il est "autre", ailleurs, mieux même il se définit comme "celui qui est" ou "Je Suis" (ce qui implique une réflexion ou une intuition philosophique assez poussée), et dans la Genèse le soleil est définit comme "un luminaire" (ce qui au regard des religions de l'époque devait passer pour une sacrée hérésie : "votre dieu n'est qu'un lampadaire", en quelque sorte).
Quant aux questions existentielles, oui, je suppsoe que cela dépend également des circonstances - on se psoe des questions sur la mort quand on y est confronté, que ce soit la grand-mère ou le cochon d'inde de la maison, oui. Cela dit, cela montre que "la peur de la mort" ne suffit pas à expliquer à soi tout seul la naissance des religions, attendus que ce besoin de religions répond aussi (ou cherche à répondre) aux question sur l'existence, l'origine, le bien et le mal, etc...
Ce que vous dites au sujet d'Akhénaton est tout à fait juste. Il y a effectivement des différences notables entre le monothéisme solaire d'Akhénaton et la version mosaïque du dieu unique qui se
révèle lors de l'épisode du buisson ardent.
Je suis d'accord aussi pour dire que la peur de la mort n'explique pas seule l'existence des religions, je ne disais d'ailleurs pas cela dans mon article, simplement que c'est un facteur
important de leur origine. D'autres facteurs ont probablement aussi joué, par exemple l'autorité et le pouvoir que confère la capacité de servir d'intermédiaire avec les puissances divines
à celui (chamane ou prêtre) qui prétend la détenir.
réponse de : Denis (site web)
le: 23/04/2008 20:56:23
En fait, la théorie religion = peur de la mort ne tient pas vraiment la route si parmi les religions on range la "religion biblique". Tout d'abord, le judaïsme primitif offre un très beau contre-exemple : l'idée d'une vie après la mort apparaît très tardivement dans l'Ancien Testament. Bref, voilà toute une religion qui a duré pendant des siècles sans proposer aucune forme de vie après la mort...
Autre contre-exemple, tout le christianisme médiéval avec ses images terribles de l'au-delà. Entre une éternité de souffrance et rien, vous préférez quoi vous ? Bref si ce christianisme avait pour but de rassurer les gens face à la mort, ben le résultat était plutôt raté (et ça d'ailleurs ça ne s'applique pas qu'au christianisme.
Pascal Boyer,dans Et l'homme créa les dieux réfute assez catégoriquement cette théorie et je crois qu'il a raison. Son explication à notre religiosité me semble autrement plus convaincante. D'autant qu'il reconnaît qu'expliquer les mécanismes de la croyance ne permet pas de poser un jugement sur le bien fondé de cette croyance. Un seul hic, sa théorie ne permet pas d'expliquer la foi chrétienne en un Dieu qui s'abaisse....
commentaire n° : 3
posté par :
Eric George
(site web)
le: 29/04/2008 17:48:21
Bonjour Eric,
Bienvenue ici, monsieur le pasteur. Je pensais avoir été plus nuancé. Je ne met pas un signe "égal" entre religion et peur de la mort, je compte simplement cette peur - indissociable de notre
condition humaine finie et mortelle - parmi les motivations premières qui ont poussé nos ancètres à s'inventer des dieux.
Même si une religion ne propose pas de vie après la mort comme le judaïsme primitif (je vous fait confiance sur ce point je ne m'y connais pas assez) il n'empèche que le fait de structurer
fortement cette vie-ci en lui donnant du sens et en la supposant guidée par un Dieu qui s'intéresse à nous, se révèle, nous guide, c'est rassurant, même si c'est contraignant car c'est aussi un
Dieu qui donne des préceptes, une Loi. Etre guidé par une telle puissance divine dans cette vie-ci permet tout de même d'envisager sa fin avec moins d'angoisse, on s'en remet à Dieu pour ça aussi,
comme pour le reste.
Le christianisme médiéval présentait des images de l'enfer mais aussi et toujours en face des images du paradis qui était promis au bon croyant. Ces images peuvent être vues comme les outils
idéologiques du contrôle social que l'église exerçait pour assoir son pouvoir temporel. Ici la peur de la mort n'est pas à l'origine mais est instrumentalisée par la religion.
Je n'avais pas connaissance du livre de Pascal Boyer mais vous m'avez donné envie de le lire, merci.
Quand à la foi chrétienne en un Dieu qui s'abaisse, elle a trop souvent été utilisée par divers clergés pour s'élever au dessus du commun des mortels, s'enrichir exercer un pouvoir politique sans
se préoccuper plus que cela de l'humilité de la pauvreté du christ ni du fait qu'il disait que son royaume n'était pas de ce monde ! Ceci est toutefois un autre sujet.
réponse de : Denis (site web)
le: 01/05/2008 22:06:35
oui, bon, on en dirait autant des concepts de liberté et d'égalité, utilisés pour asservir et désunir.
Concernant l'eglise médiévale, on peut également voire l'inverse de ce que vous exposez, à savoir un pouvoir temporel recherché comme outil pour asseoir et protéger un pouvoir spirituel. Quoiqu'on en pense et en juge, d'ailleurs, il semblerait que ce soit plutôt cet état d'esprit qui fonctionne à cette époque.
(du danger d'appliquer les principes de la realpolitik ou de la lutte des classes à des époques auxquelles cela ne s'applique pas)
En tout cas, je redis ce que j'évoquais plus haut et, je pense, rejoins Eric là-dessus : expliquer les religions principalement par le fait que "ça rassure".. d'une part c'est bien mal connaître ces religions,
d'autre part c'est un principe plutôt utilisé, en général, pour....se rassurer (!), face à la possibilité d'un bien-fondé de la métaphysique.
(ce qui, en soi, n'a rien de rassurant pour soi-même.)
Si vous pensez que je cherche à me rassurer en contestant la possibilité du bien-fondé de la métaphysique vous vous trompez. Je ne conteste que la prétention de certaines options métaphysiques à se
fonder sur les sciences.
Toujours est il que votre insistance à nier la fonction rassurante, consolatrice, des religions me semble suspecte. La religion chrétienne, comme d'autre promet bien au croyant un salut de son âme. La doctrine du salut existe dans le christianisme et tient une place importante, non ? Cete fonction de la religion qui rassure sur l'avenir,
permet un espoir, une espérance même quand matériellement il n'y en a plus me semble jouer un grand rôle chez les fidèles.
réponse de : Denis (site web)
le: 13/05/2008 09:17:43
Vous semble, oui, c'est tout le problème. Vous semble, de loin, et à travers des lunettes d'a prioris (dont vous seriez bien en peine d'expliquer le bien fondé de manière rationnelle) qui valent bien les lunettes anti-stress de Zaphod Beeblebrox, notre cher ex-président*.
C'est ce qui me pose un peu (beaucoup) question : vous parlez grands principes, d'objectivité, méthode scientifique, esprit rationnel,
et dans la pratique, une fois sorti des grandes déclarations de principe, vous nous expliquez que "ben, il me semble, comme ça, là, que, ben, c'est comme ça, non ?".
Vous n'avez, de toute évidence, pas trop expérimenté. Ne serait-ce qu'en posant comme hypothèse de travail "bon, je suis croyant", et en tirer les conclusions qui s'imposent pour vous, au vu des principes philosophiques de la religion choisie pour l'étude. Au vu réel des réels principes, pas de l'idée que vous vous en faites vaguement après lecture de 2 ou 3 articles vaguement polémiques et un ou deux échos de cafétéria.
Or, donc, expérimentons :
- vous êtes chrétien.
- vous croyez donc en un principe premier, l'Être par excellence, qui seul à pour nature d'être,
principe personnel, conscient,
créateur et organisateur de notre univers (de la façon qu'il vous plaira, et peut-être d'autres univers, là n'est pas la question)
- que cet être crée par amour. qu'il est lui-même amour.
- vous croyez donc, que, créés par Dieu par amour, nous sommes appelés, de par notre origine et notre nature, à répondre à ce courant de Dieu vers nous.
- mais appelés librement.
que dieu crée l'univers, et crée l'être humain homme et femme à son image, c'est à dire capables d'amour, de conscience libre, de création.
que dieu donne à l'être humain la possibilité de choisir librement de répondre ou non à l'amour de dieu,
ce qui revient en conséquence soit à parachever l'oeuvre de création soit à se l'approprier, se considérant soi-même comme sa propre fin. (je résume)
- que chacun, donc, peut librement :
-> soit accepter Dieu ; accepter la main tendue, en quelque sorte, ou de faire le premier pas ;
concrètement, donc, avoir comme fin en soi de ses actes et de sa vie, l'union ultime à Dieu (union, pas fusion ; la fusion, ce sera pour une expérimentation portant sur les religions hindouiste ou bouddhiste)
-> soit refuser dieu, se poser comme suffisant à soi-même et comme sa propre fin, et seule source du bien et du mal.
- et vous croyez qu'au terme de votre vie biologique, vous aboutirez à la vie non pas que vous vous êtes construite puisque de toute façon elle vous vient de dieu, mais la vie que vous aurez choisie :
-> union à dieu et participation à sa vie, à son amour et sa création.
-> séparation d'avec dieu, soi-même se suffisant à soi-même, comme sa propre origine et sa propre fin...
...ce qui signifie, en gros, se suffire à soi-même pour l'éternité - tout seul.
Seul, mais coupé de dieu, par choix, or c'est en lui (toujours d'après cette croyance que l'on a posée comme hypothèse de travail) uniquement que l'on peut être totalement accompli, et de lui seulement que l'on peut retirer subsistance et et amour, dont nous avons besoin.
d'où une souffrance, heu, indicible.
Or, donc, si vous croyez à cela, déjà cela n'est pas totalement rassurant, mais en plus de ça vous ne vous souciez pas uniquement de votre salut personnel - j'ai oublié de rappeler ce petit principe d'amour de chaque autre, en lien avec l'amour de dieu, qui fait que leur sort vous soucie.
Vous risquez donc de vous causer pas mal de souci à propos du devenir de chaque personne que vous croisez. Encore plus, bien sûr, mais pas uniquement, ceux à qui vous vous attachez plus particulièrement.
Au terme de l'expérience, je ne vois pas trop, pour ma part, où est-ce que l'on se rassure.
Moi, si je fonde une croyance qui rassure, ce serait : la mort n'est rien, puisque quand vous êtes vivant elle ne vous concerne pas, et quand vous êtes mort elle ne vous touche plus, alors carpe diem et pas de soucis.
Et donc, vos propres observations ?
*(lunettes noires à opacité variable : elles deviennent complètement opaque en cas de danger imminent et grave, afin que leur porteur ne s'angoisse pas et reste zen.)
Et mon observation sur la doctrine du salut ? Ce n'est pas une observation pour vous ? Pour discuter, vous savez la première chose est de prêter un minimum d'attention à ce qu'écrit l'autre.
Mais je vous pardonne, quelqu'un qui cite Douglas Adams ne saurait être complètement mauvais ! ;-)
réponse de : Denis (site web)
le: 17/05/2008 18:46:38
En admettant que les religions sont dans leur extrême diversité une tentative de conjurer le malheur et de répondre à l'angoisse de la mort, pourquoi tant d'acharnement à vouloir les supprimer ? Face à la souffrance physique ou morale les médecins donnent des antalgiques qui permettent non de guérir mais de diminuer la sensation de douleur. Certains vont jusqu'à prescrire des médicaments à base d'opium. N'est-ce pas une bonne chose ? Pourquoi vouloir que les gens souffrent ? Même si la religion était un placebo, pourquoi s'en passer dès lors qu'il n'y a pas d'effets secondaires négatifs pour l'individu et la société ? A vouloir enlever les masques, on déchire les visages disait quelqu'un. Si la religion est une aide pour lutter contre l'angoisse pourquoi vouloir en priver ceux qui en ont besoin ? A supposer - ce que je ne crois pas - que les religions ne sont que des béquilles, pourquoi s'entêter à vouloir les enlever à ceux qui sont blessés et ne peuvent marcher, pourquoi vouloir prendre les fauteuils roulants des handicapés ? D'un point de vue athée, la religion peut offrir des avantages dès lors qu'elle pacifie les individus et les rend plus apte à la solidarité.
Ce n'est bien sûr pas l'effet antalgique de la religion qui pose problème mais bien les effets secondaires liés à l'abus de religion et à l'addiction (ou assuétude en bon français) que celle-ci
induit fréquemment, pour filer la métaphore dont vous usez. Je ne tiens pas à toute force à chasser la religion, je n'ai pas d'animosité a priori envers les personnes qui professent des opinions
religieuses. Simplement je préfère la lucidité à l'illusion et je préfère accepter et faire avec l'idée de la finitude sans échappatoire de nos existences plutôt que d'essayer de me convaincre ou
de me laisser convaincre d'un hypothétique au-delà mystérieux.
réponse de : Denis (site web)
le: 16/06/2008 21:53:49
On ne peut donc, je précise, la présenter comme un fait. C'est mieux de le dire.
(d'autant que citer Onfray en introduction, pour parler de religion, c'est pas un très très bon début - pourquoi pas citer un discours électoral du Front National en introduction à une étude sociale des phénomènes migratoires ? :-) Essayez plutôt Comte-Sponville, au moins c'est de la philosophie, de mon avis personnel.)
ah-hm. bon.
Sur quoi se fonde l'affirmation que l'idée de dieu, de dieux, des dieux, des esprits, vint à l'origine de la peur de la mort ? Et bien, elle se fonde sur l'hypothèse que l'idée de dieu, de dieux, des dieux, des esprits, vint à l'origine de la peur de la mort. Après quoi, elle décrit l'évolution de la pensée humaine sur ce mode, sans rien vérifier.
Sentant au loin Einstein, Socrate, Platon, Pasteur, Copernic, heu, enfin plein de monde se retourner dans sa tombe, j'ose une remarque :
ce n'est pas ce que l'on observe dans le développement de l'individu.
Vous savez, le "l'ontogenèse rappelle la philogenèse" ? Certes, on a dit depuis que ce n'est pas tout à fait exact ou en tout cas uniquement approximatif. Mais c'est une jolie et intéressante approximation. Ne peut-on se dire que notre développement rappelle également celui de l'humanité ?
Or, les premières questions existentielles qui viennent (très tôt !) à l'enfant sont : pourquoi j'existe. Pourquoi c'est comme ça. Pourquoi le monde il existe.
Il me semble donc que réduire l'origine de toute religion et réflexion métaphysique à la peur de la mort semble un peu...et ben réducteur, justement.
(et très approximatif : si on part comme ça, la perspective du néant est beaucoup plus rassurante que la possibilité de l'enfer.)
(soit dit en passant : "raisonner comme une casserole", les mythes antiques, les rites d'inhumation, les nécropoles, les chants, les prières, les monuments, les contes,...
...ben dites, vous v'là bien méprisant envers vos ancêtres, vous qu'avez pas inventé la roue...)
Si vous avez cru que je présentais cette théorie de la peur de la mort, expliquant l'origine de la croyance en des arrières-mondes, des au-delà peuplé de présence(s) divine(s) comme un fait c'est que je me suis mal exprimé. C'est bien une théorie et qui me parait plausible, vraisemblable, et qui mérite au moins d'être examinée.
Je ne pense pas avoir dans mon article adopté un raisonnement circulaire en confondant prémisses et conclusion comme vous semblez le suggérer non plus. Je pense, pour préciser mon point de vue, que la peur de sa propre mort qu'un primate humain comme nous ou néanderthal -qui pratiquait, l'archéologie l'atteste des rites funéraires- est capable de prévoir, combinée à d'autre peurs comme celle des phénomènes naturels ou les rêves et cauchemars où apparaissent des parents, des ancètres décédés peuvent fonder une croyance en des fantômes, des esprits, des puissances mystérieuses de l'ombre et de la nuit et d'autre du jour et de la lumière. Les religions, même les religions révélées ne sont pas tombées du ciel toutes faites un beau matin, elles ont une histoire, elles ont évolué à partir de formes ancestrales, primitives dont certaines traces nous restent dans le chamanisme par exemple. Le culte solaire unique d'akhénaton est aussi un bon candidat pour être une des sources du monothéisme mosaïque et par là des trois religions abrahamiques.
Pour ce qui est de la phylogénie et de l'ontogénie j'entends aussi fréquemment des enfants (dont les miens) poser des questions du style c'est quoi la mort ? Aussi bien que des questions du style pourquoi j'existe. Je ne sais pas quelle question leur vient en premier, je pense que ça doit dépendre des enfants... et aussi des parents et adultes qui les élèvent et les éduquent.
A propos des grands penseurs et savants que vous citez je ne saisis pas très bien pourquoi ils devraient se retourner dans leurs tombes respectives. Parce qu'ils étaient croyants ? Parce que leurs théories philosophiques ou scientifiques vont à l'encontre de ce que je postule ? Pourriez vous préciser ?
Quand à la valeur des mythes et rites qui nous ont été transmis depuis les temps les plus immémoriaux où nous n'étions que de vagues tribus de chasseurs-cueilleurs après avoir été enrichis patiemment par toutes les générations de nos ancètres je suis entièrement d'accord pour la reconnaître. J'en apprécie même plus souvent que vous pourriez sans doute le penser la saveur et même parfois la pertinence. Ce que je n'estime pas pertinent en revanche c'est le dualisme que ces mythes religieux et croyances véhiculent, ce postulat qu'ils prétendent raisonnable de l'existence d'une autre réalité au-delà de la réalité, d'un monde spirituel supérieur au monde matériel, et d'un ou de plusieurs dieu(x) -les différentes religions ne sont pas vraiment d'accord entre elles- puissance suprème créateur de toutes choses visibles et invisibles, créateur de la vie, de l'humain et source du bien, de la morale et fondement de l'éthique.
Enfin, je crois que je vais suivre votre conseil et lire sans tarder "l'esprit de l'athéisme" d'André Comte-Sponville que je risque fort de beaucoup mieux apprécier que le "traité d'athéologie" du sieur Onfray.