"Jour après jour la boite à jours se vide...
Qu'est-ce qui va rester de nous ?"

-Maxime Le Forestier-
Ce blog est une manière de garder trace,
même si la trace pâlit, s'estompe,
et finira un jour par s'effacer.

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Dimanche 13 avril 2008
Un vendredi 13 à 5 heures.
Ce jour-là j' pèt'rai mon cockpit
Dans la barranca del muerto
Avec ma terre promise en kit
Et ma dysenterie en solo
Et les anges de la dernière scène
Viendront s'affronter à ma trouille
Passeport, visa, contrôle des gènes
Et radiographie de ma chtouille.

-Hubert Félix Thiéfaine-

Le numéro 3293 de Témoignage Chrétien
dans son dossier sur "les nouveaux athées" (dont je vous parlerai à l'occasion) cite Michel Onfray : "Dieu existe, mais comme une fiction rendue possible par l'angoisse existentielle". Cette angoisse c'est la "trouille" dont parle Thiéfaine. Pour être clair c'est la peur de la mort.

L'explication n'est pas nouvelle, ce qui ne la rend pas moins juste. Penser à la mort, penser à sa propre mort, essayer d'imaginer l'extinction définitive de sa propre conscience peut susciter légitimement l'angoisse, la peur, la panique.

C'est l'exemple même d'une idée impensable : Penser la fin de la pensée, imaginer la disparition de l'imagination qui aura été la sienne, se dire que cette perspective qui nous est propre, celle que nous avons grâce à cet assemblage savant de protéines, d'eau et de sels minéraux divers, de glucides  et de lipides, tout ce que sont nos corps, nos os, muscles et cellules nerveuses, ces gros tas de noeuds neuronaux qui nous servent à penser et que nous nommons cerveaux, nous servir de tout cela pour imaginer la fin de tout cela est une forme de retour sur soi-même assez difficile et les précautions, les circonlocutions et les atermoiements ne sont pas de trop pour aboutir à l'idée qu'en fin de compte c'est tout à fait impossible à penser. Il serait logique que ce qui sert à penser ne puisse penser la fin, l'arrêt, l'absence de pensée.

Question : Si nous nous considérons comme des machines émettrices et réceptrices de pensées. Que peut bien être un émetteur qui cesse définitivement d'émettre ?

Réponse : un tas de ferraille fils et transistors. Promis à la rouille et/ou au dépeçage. Pour fabriquer quoi avec les éléments dépecés ? Et puis d'abord qui dépèce et qui réassemblera peut-être ? Y a-t-il même un dépeceur-réassembleur ou cela ne se fait-il pas plutôt automatiquement, par un processus de recyclage, fabrication et destruction des émetteurs-récepteurs.

Bien sûr, suivant une optique naturaliste, matérialiste, je considère la conscience comme une propriété émergente des systèmes nerveux et la conscience humaine comme la propriété émergente de notre système nerveux muni de l'avantage redoutable de permettre le développement du langage. Un animal tout comme nous peut avoir peur de la mort si celle-ci est imminente et se manifeste par la griffe ou la gueule proche d'un prédateur. Un animal peut être affecté par la mort d'un congénère et montrer des signes comportementaux que l'on peut parfaitement mettre en parallèle avec les nôtres dans une situation similaire. L'immense avantage que nous avons sur les animaux est que, grâce au langage, nous pouvons nous abstraire du présent, nous projeter en pensée dans l'avenir et l'abstraction, réfléchir et raisonner. L'humanité dans ses début a d'abord raisonné comme une casserole (si vous me pardonnez l'expression) en mêlant pensée magique et superstitions, cherchant à contrevenir l'idée insupportable de la mort par l'invention de rites divers et de croyances variées parlant d'autres mondes, d'un au-delà de la mort.

C'est rassurant de réussir à se convaincre qu'une fois mort, on n'est pas vraiment mort, que quelque chose survit, une âme, un truc impalpable, un esprit. On se raconte et on s'invente des histoires à ce sujet et on mélange ça à des mythes cosmologiques sur l'origine du monde, à des idées que l'on se fait sur des puissances mystérieuses qui nous dépassent, souvent inspirées de forces de la nature. C'est dans ce terreau de croyances que sont nées les religions, bien avant que les grecs et les chinois commencent à philosopher.

Aujourd'hui, je ne pense pas que nous soyons beaucoup plus malins que nos ancêtres mais nous avons tout de même réussi à ne plus autant nous laisser impressionner par les forces de la nature, nous avons même commencé à les comprendre voire à les utiliser (parfois inconsidérément mais ce n'est pas le sujet ici). On en connaît beaucoup plus aussi sur la vie et ses mécanismes, aussi sur la mort et ses processus. La mort fait partie de la vie, elle se produit quotidiennement dans nos corps au niveau cellulaire. On peut toujours bien sûr se raconter de belles histoires qui parlent de paradis et d'enfer, de réincarnation ou de résurrection, de nirvâna et de fils de dieu qui aurait vaincu la mort, racheté nos péchés en ressuscitant le troisième jour, mais ces histoire n'ont plus de sens. On ne s'y raccroche plus que par habitude, par tradition et fidélité aux illusions de nos prédécesseurs. On s'y raccroche parce que la mort nous fait toujours peur et que les vieilles recettes de la religion pour conjurer cette peur marchent encore pour peu qu'on soit peu regardant sur l'incohérence et l'irrationalité des doctrines, des dogmes et du discours. Le problème c'est que reconnaître cela c'est reconnaître cette peur et devoir alors l'affronter en face.

Comme j'ai commencé ce billet par une chanson, j'aimerais le clore en citant
Georges Brassens, un chanteur qui selon ses propres mots a souvent semé des fleurs dans les trous de nez de la Camarde :

"la mort est naturelle, et le Grand Pan est mort !"
par Denis publié dans : Spiritualité & Religions communauté : Religions en toute liberté
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