Tempus fugit

"Jour après jour la boite à jours
se vide...
qu'est-ce qui va rester de nous ?"
-Maxime Le Forestier-

Ce blog est une manière de garder trace, même si la trace pâlit, s'estompe et finira un jour par s'effacer.

En ce moment je lis :




 - Histoire des Philosophies
  matérialistes
de Pascal Charbonnat

- Galaxies n°3
Revue de Science-fiction
Hiver 2009

Lectures à venir :

- L'Homme, le Bien, le Mal
d'Axel Kahn
et Christian Godin

- Et l'homme créa les dieux
de Pascal Boyer

- L'Esprit des Lumières
de Tzvetan Todorov


Samedi 31 mai 2008

Gregory Benford est décidément un grand bonhomme. Avec ce livre publié en 2001 dans sa traduction française et en 2000 dans sa version originale, il part sur une base de scénario classique : un artefact extra-terrestre arrive dans le système solaire et pourtant ce n'est pas une ressucée de "Rendez-vous avec Rama" d'Arthur C. Clarke, du "Nuage noir" de Fred Hoyle ou du "Vagabond" de Fritz Leiber. Non, sur cette trame presque rebattue, il construit quelque chose de neuf et surtout de passionnant.

Benford est scientifique de métier, physicien spécialiste des plasmas il écrit une science-fiction de style "hard science", très vraisemblable scientifiquement. Il décrit également en connaisseur les milieux de la recherche scientifique, leurs intrigues, leurs luttes d'influence internes et leurs rapports avec les pouvoirs politiques. Tout cet aspect du roman rajoute encore à sa vraisemblance et humanise les personnages à mille lieues du stéréotype du scientifique déconnecté du réel et perdu dans ses équations.

La trouvaille science-fictive c'est cet extra-terrestre qui déboule dans notre système solaire et qui est en fin de compte... un trou noir ! Je vous laisse découvrir comment il peut se faire qu'un trou noir soit intelligent, et surtout je ne vous dévoilerai pas la teneur des échanges entre ce trou noir, "l'ogre de l'espace" du titre et l'humanité mais rien que cela vaut la lecture et rappelle un peu les dialogues avec le Vagabond de l'espace dans Les Fontaines du Paradis
. Comme dans le Micromégas de Voltaire, c'est l'occasion pour l'auteur d'exprimer une vision critique et caustique de notre humanité.

Le récit est mené de main de maître, on ne s'ennuie pas un instant, on suit l'enquète scientifique et les conséquences de l'intrusion de cet ET un peu spécial en suivant les personnages centraux formés par un petit groupe d'astrophysiciens et astronomes. Malgré l'importance des aspects scientifiques, ce n'est jamais lourd, le style est enlevé voire parfois lyrique. Ce livre, sans être un chef-d'oeuvre procure néanmoins un excellent moment de lecture.
Par Denis - Publié dans : Science-fiction - Communauté : L'imaginaire pour tous
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Vendredi 30 mai 2008
                                                              C'est un homme qui traîne entre les deux pôles,
Juste une tête de loup posée, sur les épaules.
C'est un homme qui vit, sans manger personne,
Bien caché de peur d'la peur des loups à tête d'hommes...
-Maxime Le Forestier-

L'Etranger, vaste thème !

"Etrangers et voyageurs sur la terre" nous sommes à condition de ne pas nous cacher derrière les masques éphémères, voire obsolètes de nos identités raciales, nationales ou idéologiques. Nous sommes tous, à un moment ou un autre, en un endroit ou un autre des étrangers par rapport à notre entourage, dans nos relations aux autres. C'est du moins ainsi que je vois et vis cela. Ressentir, expérimenter concrètement, pour soi cette condition d'étranger amène une autre perception, un autre regard porté sur "l'Etranger".

"Souvenez vous que vous avez été des étrangers en Egypte, dans la maison de servitude" exhortent à maintes reprises les prophètes de l'ancien testament. Que dit cette parole biblique par delà les siècles à nous, braves petit(e)s européen(ne)s quelles que soient nos croyances religieuses et convictions philosophiques ?
Elle nous incite en premier lieu à faire travailler notre mémoire, à apprendre notre histoire, à savoir de qui nous sommes héritiers, culturellement entre autres.
A celui qui revendique l'héritage culturel biblique, cette parole amène à se considérer en égal de l'étranger. Nous sommes frères puisque sa condition fut la nôtre, puisque son état fut celui de nos pères. Cette parole offre un cadre pour structurer la relation "autochtone"/"étranger" en des termes qui ne soient pas dès le départ biaisés, inégaux, injustes. Elle permet de fonder la réciprocité qui est espoir de partage et d'enrichissement mutuel évitant l'écueil de l'exploitation et de l'aliénation.

C'est par un témoignage plus personnel que j'aimerais poursuivre. Si je me penche sur mes origines ethniques, je découvre un joyeux mélange de Flandres, de Lorraine et d'Alsace. Si, de plus, on se souvient que les Flandres furent longtemps occupées par les Espagnols (du temps de l'empire de Charles Quint) et l'Espagne elle-même longtemps occupée par les Arabes (on disait les Sarrasins en ce temps là), je vous laisse imaginer le degré de "pureté" génétique que je peux présenter : sub-nul est à mon sens l'estimation la meilleure. Vous pouvez, sachant cela, mieux comprendre pourquoi la notion de "Droit du sang" rime pour moi avec la plus risible et triste incohérence !
Si je récapitule mon parcours géographique, les choses ne sont pas plus simples. Né à Lille, j'ai vécu ensuite dans l'Oise, en Normandie, en Ile-de-France, en Alsace, à nouveau dans le Nord, au Cameroun, en Bretagne, en Lorraine et maintenant en région Centre. Le "Droit du sol" me convient beaucoup mieux à la condition sine qua non de la pleine et entière liberté du choix de son "sol" (cf. article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme).

Si, ensuite j'examine mes racines culturelles, la langue s'impose au premier plan, racine maîtresse, racine pivot, axiale. Ce français, hybride gréco-latin (pardon aux linguistes pour cette simplification peut-être extrême) qui me sert à transmettre ces quelques réflexions. Cette langue, ma langue maternelle/paternelle est plus qu'un outil de communication. C'est à la fois le masque que j'arbore lorsque je parle et la grille de déchiffrement qui me sert à voir/lire/explorer le monde et les autres. Ma culture, c'est ensuite cette Histoire de France, aujourd'hui encore inséparable de mon enfance et des maîtresses et  maîtres d'école qui, les premiers, me l'ont fait découvrir. Et la Réforme, ce particularisme bientôt cinq fois centenaire du christianisme - issu du judaïsme cinq fois millénaire -  et l'humanisme, posture éthique et philosophique hélas bien malmenée en ce début de XXIème siècle.

A ces trois aspects de mes origines personnelles : ethno-(bio)logique, géographique et culturelle, correspondent trois facettes de mon identité, comme trois des quatre faces d'un tétraèdre. En effet, creuser le thème de "l'Etranger" mène à penser l'identité. Mais attention ! Cette métaphore du tétraèdre est piégée parce que géométrique et statique. En fait, c'est plus la manière dont j'intègre ces trois identités et comment elles évoluent en interrelation que je définis comme mon identité. En bref, dire : "je suis français" c'est un peu court, jeune homme, comme disait Cyrano quoiqu'à propos d'une autre assertion. Mon identité est le processus d'hybridation, de métissage qui me fait avancer et voir moins petit. Vivre moins étriqué en somme.

On peut parler, se gargariser de mots : société multi- ou pluriculturelle, multiraciale. Parler de l'enrichissement mutuel dans la rencontre avec l'autre, l'étranger et même lancer des slogans du genre "la France est une mob' pour avancer, il lui faut du mélange !". Tout cela ne reste que voeux pieux, lettre morte si nous ne nous engageons pas dans un véritable processus de métissage, voie moyenne, voie étroite entre le racisme et l'activisme intégrationniste de celui qui cherche à tout prix à adopter la culture de l'autre en allant parfois jusqu'à rejeter ses propres origines, sa propre culture-mère (/père).

J'ai eu la possibilité, et j'ai saisi cette possibilité, de partir un temps vivre ailleurs à la fin de mes études. Je suis parti, volontaire pour l'aide au développement, en Afrique. J'ai été professeur de sciences naturelles et de mathématiques dans un collège-lycée du Cameroun. J'ai ainsi été deux années (vingt-deux mois en fait) étranger en terre étrangère, européen parmi des africains, jeune ch'timi chez les bamilékés, peut-être même un peu "Tintin au Congo". Ce fut une expérience de vie cruciale, déterminante, et je peux dire aujourd'hui - vingt ans après le retour - fondatrice de la manière dont je vois et reçois le monde et les gens. Ce furent deux "années sandwich", deux années-tranche-de-jambon entre des années de pain plus ou moins sec ou brioché. Entre autre, c'est de cette période que je date la prise de conscience du processus de métissage duquel je me sens participer

En élargissant à nouveau la réflexion, je crois qu'il est vital de se rendre compte qu'entre l'Europe de l'Ouest et celle de l'Est, celle du Nord et celle du Sud, entre le petit tiers soi disant développé du monde et les deux autres gros tiers affamés et laissés pour compte, le processus de métissage, cet apprentissage de l'interdépendance et de l'interrelation équilibrée, on n'en fera pas l'économie si on veut éviter de gros ennuis ( et encore, là, j'euphémise).

Par Denis - Publié dans : Réflexions - Communauté : Religions en toute liberté
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Samedi 24 mai 2008

Ces "Réflexions sur l'origine et l'évolution de la vie" sont celles de Christian De Duve, Professeur de Biochimie et Biologie cellulaire, ayant exercé son activité de chercheur ente autres à l'Université catholique de Louvain, et Prix Nobel de médecine en 1974 pour l'ensemble de ses travaux. Elle font l'objet d'un court essai (11 pages) paru initialement dans Actes de la Société de Biologie en 1998 et repris dans un remarquable recueil "Nouveaux débats sur le vivant", coordonné par une biologiste Marie-Christine Maurel, et un philosophe Paul-Antoine Miquel et paru en 2003 aux éditions Kimé.

Christian De Duve commence son exposé en marquant son désaccord avec Jacques Monod qui concluait à la fin de son ouvrage célèbre "Le hasard et la nécessité" que la naissance de la vie et l'apparition de l'homme sur Terre étaient en fin de compte des hasard très improbables :

"Comme je l'écrivais déjà en 1972, [Monod] n'a pas, dans son analyse, tenu suffisamment compte des "contraintes du hasard."
Contraintes chimiques d'abord, qui font de l'émergeance de la vie un événement beaucoup plus probable que ne le croyait Monod, un événement obligatoire, même, dans les conditions physico-chimiques qui régnaient à l'endroit de son apparition. La vie est un processus chimique, qui s'explique compètement par les propriétés des molécules qui constituent les êtres vivants et par les interactions que ces molécules entretiennent les unes avec les autres et avec certaines molécules présentes dans le milieu environnant. (...)
Ce qui est vrai de la nature de la vie doit l'être également de son origine. Même si l'on ignore presque tout des mécanismes en cause, on peut affirmer avec certitude, sous peine de verser dans le créationnisme, que la vie s'est développée par des réactions chimiques qui, sous l'influence des conditions Physico-chimiques existantes, donnèrent naissance à des molécules, puis à des systèmes polymoléculaires, de plus en plus complexes, pour aboutir enfin aux premières cellules dont sont issus tous les vivants actuels"


Il poursuit en rappelant le déterminisme des phénomènes chimiques :

"(...) ce qui me fait dire (...) que la vie devait obligatoirement naître dans les conditions qui ont présidé à sa naissance.
    Cette conviction est encore renforcée par le fait que de très nombreuses étapes ont dû intervenir dans cette naissance."


On commence d'ailleurs à avoir diverses hypothèses sérieuses au sujet de ces étapes tant concernant l'apparition des premières molécules prébiotiques (acides aminés et nucléotides) que sur la manière dont les premiers circuits métaboliques auto-réplicateurs ont pu s'initier (voir par exemple "
Evolution moléculaire
", Philippe Luchetta et al., Dunod, 2005).
Concernant l'apparition de l'homme, Ch. De Duve poursuit :

"Quelque improbable que fût l'émergence de l'espèce humaine, il n'en reste pas moins vrai que l'événement a eu lieu. Contrairement à l'affirmation de Monod, la biosphère était effectivement "grosse de l'homme".(...) La probabilité du phénomène pourrait ne pas avoir été, de loin, aussi infime qu'on ne l'admet généralement. Et l'on ne doit pas, comme le voudraient certains, faire appel à une force directrice inconnue se substituant au jeu aveugle de la sélection naturelle pour soutenir cette opinion. Hasard n'exclut pas inévitabilité. Tout dépend du rapport entre le nombre de possibilités dont le hasard dispose pour réaliser un certain événement et la probabilité de celui-ci."

Après avoir développé ces idées sur les jeux de la contrainte et du hasard dans l'évolution et plus précisément dans l'évolution de l'espèce humaine, il termine par ces idées fortes :

"Il est devenu de bon ton, presque politiquement correct, de dénier toute signification particulière à l'espèce humaine, sous prétexte qu'elle n'est qu'une parmi les millions d'espèces existantes, le fruit comme toutes les autres d'une improbable succession d'événements fortuits, "l'incarnation de la contingence", comme le dit Stephen Jay Gould, le paléontologue qui s'est fait l'interprète de la biologie moderne auprès du grand public américain. Une telle opinion serait simplement risible si elle n'était relayée par les média et prise au sérieux par une bonne part des lecteurs qui la croient inéluctablement imposée par les données les plus récentes de la science. Il est temps d'affirmer clairement qu'il n'en est rien. Point n'est besoin de dénier au hasard le rôle que la science moderne lui accorde dans l'évolution biologique, ni de renoncer à une interprétation strictement darwinienne des phénomènes en cause, pour discerner dans ceux-ci des directions privilégiées menant, notamment, à la conscience et à la pensée. (...)
Cette thèse comporte un corollaire important. S'il est indéniable que l'espèce humaine occupe aujourd'hui le sommet de l'arbre de la vie, rien de ce que nous savons ne permet de croire que cette place soit définitive et que l'évolution verticale est achevée. (...)
Notre sentiment de supériorité doit donc, même s'il est légitime, se tempérer d'une solide dose d'humilité, car notre primauté est certainement transitoire."


La conclusion de cet essai porte sur le pouvoir unique et redoutable qu'a l'homme sur l'évolution même de la vie sur Terre. Il nous incite non seulement à l'humilité, mais aussi à la sagesse :

"On ne peut qu'espérer que nous acquerrons cette sagesse avant d'avoir abusé d'une manière excessive des moyens d'action dont nous disposons. C'est vers ce but que doit tendre l'humanisme du troisième millénaire. La science, détentrice des connaissances et des technologies qui en découlent, porte une responsabilité particulièrement lourde dans la réalisation de cet objectif. Il lui appartient d'éclairer les autres forces culturelles et de définir collectivement avec elles la manière la plus sage d'aider l'évolution."
Par Denis - Publié dans : Lectures - Communauté : Religions en toute liberté
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Vendredi 2 mai 2008


Les divers commentaire à mon article sur "L'origine des croyances", et que leurs auteurs en soient remerciés, m'amènent à préciser ma vision des rapports que les croyances religieuses entretiennent avec la mort. À cette occasion, je préciserai en quoi je considère qu'une approche débarassée de tout préjugé religieux et de toute superstition et croyance en des forces surnaturelles me semble préférable pour aborder la finitude de toute existence biologique individuelle, fut-ce celle de primates qui comme nous se pensent supérieurs.

Attention, cet article peut contenir
des morceaux d'athéïsme
risquant de choquer
les esprits religieux étroits !
« A quoi tu penses donc, laquelle as-tu choisie
Des ruses que les hommes ont trouvées jusqu'ici
Pour rendre la mort moins cruelle ? »
Maxime Le Forestier - La Visite

Dans sa chanson "La Visite" Maxime Le Forestier, en visite sur la tombe de Geoges Brassens à Sète s'adresse au poète et chanteur décédé. Survie de l'âme dans un hypothétique "monde des esprits", réincarnation, transmigration, résurrection à la fin des temps, de nombreuses croyances dans différentes traditions culturelles parlent des chemins que nous empruntons pour ruser, feinter avec l'idée de notre finitude et nous en accomoder. Certains animaux peuvent sentir la mort venir, le primate humain seul se sait mortel.

Je ne défends pas la thèse selon laquelle la peur de la mort est la source unique du phénomène religieux. Je crois seulement que cette peur, avec d'autres (peur de la nature, des éléments, des prédateurs) joue un rôle majeur à la fois dans la naissance des religions mais aussi dans la manière qu'elles ont de se maintenir.

Depuis les temps les plus immémoriaux des débuts de l'humanité nous avons élaborés des stratégies fort astucieuses permettant de nous accomoder du fait d'être conscients que la vie somme toute n'est qu'une maladie mortelle sexuellement transmissible. Nous sommes des singes bavards qui adorons nous raconter des histoires. Plus encore, nous aimons par dessus tout croire aux histoires que nous nous inventons, et parmi ces histoires, celle qui dit que notre conscience, notre esprit ou notre supposée âme - qui nous distinguerait des animaux - survit à la mort, perdure même quand toute activité biologique a depuis longtemps cessé dans la moindre de nos cellules, cette fable là, même dénuée de tout fondement rationnel et de confirmation scientifique beaucoup d'entre nous y sont encore viscéralement attachés. Ces histoires se sont croisées avec d'autres qui parlent de nos origines et de celle du monde qui nous entoure et dont nous faisons partie, diverses cosmogonies et mythes fondateurs. Des histoires qui surtout donnent sens, ordonnent, rendent déchiffrable le monde et nous mêmes ; des histoires faites aussi pour nous dire comment bien nous comporter dans ce monde et les uns avec les autres, des histoires avec une morale.

Nos religions ne sont rien d'autre que des cathédrales construites avec ces histoires, témoignages et inventions mêlées, angoisses peurs et espoirs cimentant le tout. Ce sont des oeuvres d'art communes à toutes les cultures humaines et à ce titre elles sont précieuses. Cependant, depuis que ces histoires existent, certains doutent de leur véracité et surtout de leur pertinence. Je n'ai rien contre les histoires inventées, même les plus absurdes et les plus folles, elles sont souvent fort divertissantes, elles donnent même souvent à penser et à réfléchir ce qui est toujours une bonne chose, à l'instar des histoires de Science-Fiction que j'affectionne tout particulièrement.

Pour raconter l'histoire du monde, de l'univers, celle de la vie sur cette Terre et celle de l'homme nous avons maintenant de bien meilleures histoires que celles qui ont été le fruit de l'invention de nos ancètres. Ces histoires sont patiemment construites par différentes branches des sciences en usant de méthodes rationnelles d'investigation et en soumettant ces histoires au crible de la réalité des faits. Ces histoires tirées de théories scientifiques ne sont pas seulement meilleures parce que plus cohérentes que celles des différentes religions, elles sont d'une autre nature. Il y a une différence essentielle entre le récit de la création du monde dans la mythologie maya, scandinave, ou biblique et  l'histoire de l'univers depuis le Big Bang
telle que peut l'établir l'astrophysique et la cosmologie scientifique moderne. Les théories scientifiques ont un pouvoir explicatif et prédictif. Les faits d'observation peuvent les confirmer ou les infirmer, ce sont des vérités scientifiques. À ce titre on peut les tester et si elles s'avèrent erronées on les perfectionne et on les fait évoluer, ou on en change, c'est le travail des chercheurs.

Les histoires que les religions racontent sur la vie dans un au-delà de la mort hypothétique, leurs spéculations sur l'existence de puissances divines supranaturelles qui interviendraient dans nos vies, dans la nature et sur la matière, ces histoires, aussi belles, bien construites et pleines de sens soient elles, philosophiquement ne sont qu'inventions et fariboles, contes pour faire se tenir sages et aider à s'endormir des enfants agités qui ont peur du noir.

Seulement l'humanité a grandi depuis l'époque où elle se sentait apeurée, faible et menacée dans un monde plein de forces qu'elle ne comprenait pas. Malheureusement nous nous accrochons à nos anciennes béquilles religieuses. Parfois absurdement et férocement nous nous foutons sur la gueule parce que nous ne nous raccrochons pas à la même marque de béquille. Il serait préférable de grandir un peu et de réaliser que nous n'avons plus besoin de béquilles divines ni pour regarder en face notre condition de mortels, ni pour nous comporter humainement et fraternellement avec tous les membres de notre propre espèce !
Par Denis - Publié dans : Spiritualité & Religions - Communauté : Religions en toute liberté
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Samedi 26 avril 2008
J'aime la Science-Fiction depuis que je suis en âge de lire. Sous toutes ses formes, cinématographique ou littéraires, bande dessinée y compris elle participe à mes moments de détente et j'y trouve une source toujours renouvelée de réflexion sur le monde, nos sociétés humaines et leurs évolutions.

Orson Scott Card est un écrivain célèbre, américain et mormon d'origine, un maître du genre dont l'une des oeuvres majeures est la "saga d'Ender". Dans le deuxième tome de la série, "La voix des morts", on trouve ceci :

La langue scandinave définit quatre types d'étrangers. Le premier est celui qui vient d'ailleurs , ou utlänning, l'étranger que nous considérons comme un être humain, mais qui vient d'un autre pays ou d'une autre ville. Le deuxième type est le framling.(...) C'est l'étranger que nous considérons comme humain mais qui vient d'une autre planète. Le troisième est le raman, l'étranger que nous considérons comme humain mais qui appartient à une autre espèce. Le quatrième type, le varelse, recouvre ce qui nous est véritablement étranger et s'applique à tous les animaux, avec qui la conversation n'est pas possible. Ils vivent mais ne peuvent saisir les causes ou les objectifs qui les font agir. Peut-être sont ils intelligents, peut-être sont ils conscients, mais nous ne pouvons pas le savoir.

C'est pour ce genre de pépite que j'aime la SF. Parce que ça invite à réfléchir et à se demander si nous aussi, à notre manière nous ne nous référons pas à une sorte de hiérarchie de l'exclusion. Surtout, on peut se demander si fonctionner dans ses relations aux autres avec une telle grille de classement est pertinent. Certains, qui préfèrent leur cousin à leur voisin et leur voisin à un étranger (à condition que le voisin ait la même couleur de peau que la leur) abusent franchement à mon sens d'une forme perverse de hiérarchie de l'exclusion.

J'aimerais pour conclure laisser parler O.S. Card par l'entremise de son personnage principal, qui dit ceci en exergue au premier chapitre :

Comme nous ne sommes pas encore tout à fait habitués à l'idée que les habitants du village voisin sont aussi humains que nous, il est présomptueux à l'extrème de supposer que nous pourrons un jour considérer des créatures sociales, utilisant des outils et issues d'une évolution distincte de la nôtre non comme des animaux mais comme des frères, non comme des rivaux mais comme des compagnons de pélerinage sur le chemin du sanctuaire de l'intelligence.
Néanmoins, c'est ce que je vois, ou espère voir. La différence entre raman et varelse n'est pas inhérente à la créature qui est jugée mais à celle qui juge. Lorsque nous déclarons qu'une nouvelle espèce est ramane, cela ne signifie pas qu'elle a franchi le seuil de la maturité morale, cela signifie que nous l'avons franchi.

Qu'attendons-nous pour reconnaitre au moins les chimpanzés et les dauphins comme raman ?
Par Denis - Publié dans : Réflexions - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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